LIVRE SIXI^.M
a une nature spéciale; il ne s explique pas sur cette nature , il laisse ce coup d'audace à S. Jean. Il y a donc dans S. Marc une sorte d'arrêt de développement; et ni l'une ni l'autre des deux idées du Christ Dieu, ou de Jésus simple mortel , n'arrive à la maturité chez cet Evangéliste. Il en résulte une détermination confuse que Jésus est le Christ Homme-Dieu.
La même détermination de la nature^de Jésus ressort, mais plus clairement et plus dogmatiquement, de l'Évangéliste S. Luc. Occupé surtout de l'aspect social ou politique de la palingénésie^ ce n'est pas tant l'être en soi, la vie en soi, que cet Evangéliste considère, que cette vie dans son double caractère de subjectivité et d'objectivité réunies. S. Luc est, relativement, fort peu occupé de la vie du monde extérieur ou physique; mais ce n'est pas non plus la vie en tant que cause uniquement qui l'occupe : c'est la vie en tant que cause et effet, c'est la vie en tant que substance et phénomène, parce que c'est la vie humaine, ou la vie du nous ( dans laquelle ce double aspect se manifeste), qui est son but principal. Le Christ, pour lui, est donc Dieu, mais il est homme. Il est l'homme s'élevant à Dieu et s'identifiant avec Dieu ; ou bien il est Dieu se faisant homme, s'incarnant dans l'homme, mais d'une façon indissoluble. La détermination qui en résulte est celle-ci : Jésus est Homme-Dieu tout
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ensemble. Ainsi ce qui ressortait nuageusementde Tindéterminé et du vague de S. Marc est plus positif, mieux formulé dans S. Luc ; surtout si on joint à cet Évangile les écrits de S. Paul, où le Christ; le Fils de Dieu, n'est jamais considéré que comme un homme- typique , réunissant indissolublement en lui la nature humaine et la nature divine. Voilà le Christ de la palingénesie comme S. Paul la comprenait surtout, c'est-à-dire comme sociale ou po- Htique.
Mais dans S. Matthieu, dans TÉvangéliste primitif, la palingénesie est celle des anciens astrologues, la palingénesie cosmique; et Jésus là n'est réellement ni Dieu, ni Homme-Dieu. I^ vraie formule qu'il y aurait à donner de la nature de Jésus dans ce premier des Évangclistes serait celle-ci : Jésus est le Christ de Dieu, c'est-à-dire un pur mystère. Car, la question revenant, si l'on demande à S. Matthieu quelle est la nature de ce Christ, il en fera un homme , non pas un Dieu, mais un homme doué de la puissance divine; en sorte que Ton aura à la fois deux idées inconciliées, savoir la nature humaine et la puissance divine, ce qui constitue un miracle , mais non pas une idée claire.
Dans S. Matthieu , Jésus est bien le Messie ; il est bien nom né le Fils de Dieu; Dieu lui a bien tout remis; il est son envoyé, son mandataire ; il a pouvoir sur toute chose; il est au-dessus des Pro-