LIVRE SIXIEME
montre très clairement: a Dieu assiste dans Tassem- « blée du Dieu fort; il juge au milieu des juges. c< Jusques à quand jugerez-vous injustement ^ et <c aurez-vous égard à la puissance apparente des a méchants ! Faites justice au petit et à l'orphelin ; a faites justice h l'affligé et au pauvre. Ils ne concc naissent ni n'entendent; ils marchent dans les (c ténèbres; tous les fondements de la terre sont a ébranlés. J'ai dit : Vous êtes des Dieux , et vous if êtes tous /ils de Dieu; toutefois vous mourrez c< comme hommes^ et vous, qui êtes les principaux, « vous tomberez comme un autre. O Dieu ! lève- « toi , juge la terre ; car tu posséderas en héritage « toutes les nations (i). » N'est-il pas évident que toute l'inspiration de l'Évangile est, pour ainsi dire, résumée dans ce Psaume? Et oii peut dire cela avec d'autant plus d'assurance , que , comme nous le verrons tout à l'heure, Jésus lui-même cite ce Psaume dans S. Jean , et le cite pour expliquer comment il se croit et se dit Fils de Dieu.
Je dis donc que, dans S. Matthieu, ces expressions de Fils de Vhomme et de Fils de Dieu n'ont qu'un sens à peine ébauché par rapport au sens que la théologie chrétienne leur a ensuite donné ; que l'une ne veut dire autre chose que />n>phèlCj et que l'autre signifie simplement le Messie
(0 Psalm. LXXXII.
88() DE l'humaiiite.
chargé de réaliser sur la terre le règne de Dieu, sans que la nature de ce Messie soit caractérisée et déterminée. Jésus est le Fils de Dieuj dans S. Matthieu, parce qu'il est leprophètede Ui palingénésie^ et aussi parce que sa doctrine est précisément ceUe de l'unité de Dieu, de l'unité en Dieu, et du triomphe définitif de Dieu, dans le sens du Psaume que je viens de citer. Mais aucun autre sens plus positif n'est attaché à cette expression; de sorte qu'encore une fois, si vous séparez Jésus de sa doctrine et de la puissance que S. Matthieu croit que Dieu lui a remise, Jésus est un homme.
Voici deux passages qui, rapprochés, caractérisent bien l'idée synthétique de S. Matthieu sur Jésus, et la borne de cette idée. Cet Évangéliste désigne volontiers Jésus par la dénomination de Roi ( i). Vous ne trouverez jamais, pour le dire en passant, une pareille désignation, ni rien qui y ressemble, dans S. Jean. En outre, ce Roi palingénésiqueest toujours pour S. Matthieu le fils de David. Quand Jésus donc entre dans Jérusalem, le peuple, dans S. Matthieu, crie : « Hosanna au fils de Da- (c vid ! Béni soit celui qui vient au nom du Sei- « gneur!... Et le peuple disait : C'est Jésus, le « prophète de Nazareth en Galilée (2). » Mais ce Roi, n'est-ce qu'un Roi? Non, c'est un homme,
(i) s. Matthieu, ch. XXIV, v. 34 et v. 40 ; oêaaiXeîi. (2) S. Matthieu, cb. XXI, v. 9-1 1.