‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 171 sur 216 · LIVRE SIXIEME. SqS · texte numérisé non relu

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celle-ci : Cet homme qui a paru et qui s'appelait Jésus est DieUy parce que sa doctrine est Dieu , et qu'il me paraît identique a^^ec sa doctrine. Mais néanmoins, en tant qu'ayant vécu à titre de créature, il ne se croyait Fils de Dieu que parce qu'il sentait Dieu immanent en lui, comme en tous les hommes; il n'était donc Fils de Dieu que parce qu'étant de Dieu^ comme nous tous, il s'était élevé à Dieu plus que tous les mortels, et avait fait l'absolu sacrifice de la nature humaine en lui , pour développer en lui ce germe de Dieu qu'il avait comme toutes les créatures. Et c'est ainsi qu'il est Dieu , parce qu'à sa place , et son sacrifice consommé , je ne vois plus rien de l'homme, mais Dieu. Jésus est donc la Parole de Dieu , Parole qui s'est révélée aussi dans d'autres hommes, ou plutôt qui s'est révélée et se révèle dans tous les hommes, mais qui s'est révélée d'une façon complète et spéciale en lui. Quant à lui , comme créature, consumé pour ainsi dire par le Dieu qui était en lui , il a donné son corps j comme il le dit , à manger à tous les hommes, pour les amener à la communion. C'est ainsi que, voulant être à Dieu , il est devenu Dieu , parce qu'il était de Dieu comme nous tous.

Cette explication : « Jésus est Dieu parce qiCil était de Dieu comme nous tous, » explication qui, on vient de le voir, est bien de S. Jean et de Jésus lui-même selon S. Jean, est fort importante; et

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j'ose dire qu elle fournit le point de réunion possible entre la Philosophie et le Christianisme.

Pourquoi la Philosophie n'admettrait-elle pas que Jésus est Dieu en ce sens ? L'humanité est-dk déshéritée de Dieu par une telle explication? Dieu est-il mis hors de nous? Non, il entre au contraire en nous avec Jésus ainsi déifié. Le Christianisme est divin , sans doute , mais divin comme Thuinanité pouvait être divine alors que parut le Christianisme. Dieu, pour être dans toutes les créatures, ne se manifeste pas dans toutes de la même manière, et, pour être immanent dans l'humanité , n'est pas immanent dans l'humanité de la même façon en tous les siècles. Jésus a été le divin représentant de l'humanité à son époque , ce qui revient à dire qu'il a été le représentant de Dieu pour l'humanité à cette époque. Mais faire , comme les Chrétiens ont souvent fait , oubli de cette explication , et entendre la divinité de Jésus comme une différence ai essence^ une différence générique d'essence, c'est mettre encore Dieu hors de nous, hors de la vie des créatures , dans un lieu à part, et Jésus avec lui; c'est ne pas comprendre Jésus, et c'est constituer l'idolâtrie. I/idolâtrie chrétienne , en effet , est tout entière sortie de cette fausse conception de la nature de Jésus.

Que le Christianisme donc admette que Jésus, le Jésus qui a paru sur la terre , qui a vécu trente-

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six ans suivant les uns et cinquante suivant d'autres avant de mourir sur la croix, que ce Jésus, dis-je, n'est Dieu que parce que tous les'homines sont de Dieu , ou que Dieu est immanent dans chaque homme; et la longue confrovei'se entre le Christianisme et la Philosophie sera terminée. Car phis d'idolâtrie. Jésus, en tant que personnage historique , doit être aimé et non pas encensé, vénéré et non pas adoré. Il n'y a au fond de lui que Dieu, le Dieu manifesté en lui , qui soit adorable. Dieu seul est la vie, l'auteur de la vie; et, pour avoir mieux compris la vie que les autres hommes, Jésus, incarnation de Dieu comme nous tous, n'a connu la vie que sous les voiles qui obscurcissent les yeux de tout homme, quelque grand qu'il soit, à toutes les époques du temps, à tous les points de l'espace, et par conséquent n'est pas lui-même la vie ni l'auteur de la vie. Toute incarnation de Dieu est limitée , finie ; et par conséquent aucune ne doit être prise pour Dieu , adorée pour Dieu.

Le fond de l'idée de S. Jean sur la divinité de Jésus est bien moins de faire Jésus Dieu, que de montrer Dieu dans Jésus, Ce n'est réellement pas, au premier chef, l'homme ni l'humanité que cet Évangéliste nie en Jésus ; mais il voit Dieu rayonner dans l'homme et dans l'humanité, au point qu'il lui semble qu'il n'y a plus que Dieu dans Jésus, dernière expression, suivant lui, de l'homme

Ht)K DE r/nUMANITE.

et de rhiunanité; et voilà pourquoi finalement A parait aller jusqu'à méconnaître et, si Ton veut, jusqu'à nier Thomme et l'humanité en Jésus. C'est une erreur sans doute, et la suite l'a bien démontré. Mais ce n'est pas une raison pour voir dans S. Jean ce qui n'y est pas , savoir une idolâtrie négatrice du vrai Dieu.

Véritablement , je le répète encore , S. Jean ne considère pas Jésus dans Jésus, c'est Dieu qu'il considère. Ce qui, à ses yeux, est Dieu en Jésus, c'est donc Dieu en définitive, et non pas Jésus :

Est Deus in nobis; agitante calescimus illo.

Mais S. Jean, m'objectera-t-on, ne se contente pas de dire que Jésus est le Fils de Dieu ou Dieu; il cherche quelle est sa nature en Dieu, ou ce qu'est en Dieu celte Parole de Dieu, c'est-à-dire cette Loi de la Vie, avec laquelle Jésus lui parait identifié. La dénomination de Fils de Dieu prend donc, dans cet Évangéliste, un sens tout nouveau, et complètement différent du sens que cette appellation a dans S. Matthieu et dans le passage même de S. Jean que vous venez de citer. Jésus devient Fils de Dieu dans un sens très-particulier. Il est le Verhe divin , il est une des personnes de Dieu ; il est donc Dieu , non pas au même titre que dans le passage que vous venez de citer , mais à

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titre de Pensée dmne incarnée dans Thumanité. Voilà l'objection que Ton me fera.

. Je réponds. Je sais que l'idolâtrie s'est encore r largement fait voie dans le Christianisme par ce - côté; mais néanmoins ce que je viens de dire de . l'assertion de S. Jean , que Jésus est Dieu ou Fils de DieUj entendue dans le sens que nous sommes tous de Dieu, et par conséquent tons/ils de Dieu y mais que Jésus fut une manifestation plus éclatante de la Divinité dans l'humanité, je le dirais également de cette autre assertion de S. Jean, que Jésus est le Ferbe. L'une et l'autre de ces opinions ont une vérité relative, susceptible d'être comprise et admise par la Philosophie.

J'ai montré ailleurs (i) les profondes racines de cette antique théologie du Verbe de Dieu. Oui , il y a en Dieu trois personnes distinctes dans une indécomposable unité. Ce ne sont pas seulement les Chrétiens qui ont connu ces trois personnes en Dieu , c'est-à-dire le ternaire divin et le quaternaire que l'unité de Dieu représente. J'ai montré que toutes les anciennes religions ont connu ce mystère de l'Etre, que les Indiens l'ont connu, que les Égyptiens l'ont connu , que la théologie grecque l'a connu , que Py thagore et Platon l'ont également

(i) Dans divers articles de la Ile^^ue Encyclopédique et de VEncyelo' pédie Nouvelle, Voy. en particulier Tarticle CfirisHariismê de FEncyclopèdit.

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connu, s. Jean j en nous parlant du VerVe deDted, n'est venu en parler qu'à son tour. Qu'est-ce que le Brahmâ actif et créateur des Indiens, par rapport au Brahm essence? Qu'est-ce que ce Kor rayami , « qui n'est autre ^ dit Manon , que le Brahmâ actif, lequel reproduit dans toute création l'Être f^temel, absolu , existant par lui-même , en un mot Itrahm ou Dieu le Père (i)? » Qu'est-<îe que le Taù ou Verbe de I^o-ïseu, « organisateur de la terre « et du ciel, qui prit racine dans le sein du suprême « Repos et du suprême Vide(!i) avant la grande « origine (3); qui arrangea les éléments, et dissipa ic les ténèbres;.... qui a transformé sa personne c( en revêtant un corps mortel ; qui a partagé « toutes les destinées de ce monde de boue et <f de poussière; qui parut dans le monde comme « un grand sage; qui observa le bon et le mauvais a des générations successives, et établit sa doctrine « suivant les temps; qui a été, suivant les temps, « le grand instituteur des générations; quia vécu « parmi les hommes , et ne ressemblait pas à tt la foule des hommes parmi lesquels il était a compté (4)? » Qu'est-ce que le Kneph ou le Dé-

(i) Voy. le Manava-Dharma-Sastra^Wv. I.

(2) Dieu le Père. Voy. plus haut ce qui a été dit sur cette expressioo orientale le Vide pour signifier TÊtre en essence cl avant toute manifestation (page 437 eipass,).

(3) La création.

(4) Tao-tc'King. Voy. Mémoire sur Vongine et la propagation de A» docrine du Tio, traduit du chinois par M. Paulhier.

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fniourgos des Egy ptieiis , par rapport à son père Amôiiy le caché ou Y impénétrable ; Riieph, Tarchitecte de Tunivers, que les habitants de la Thébaïde, dans une inscription qui nous reste encore, appellent « l'esprit créateur de l'univers, le prin- « cipé de vie des essences divines, le soutien de « tous les mondes, » et qu'ils reconnaissent pour a incréé et éternel (i)?» Qu'est-ce que la Minerve du Paganisme gi'ec, la Fille du Père, son Idée sortie tout armée de son cerveau, sa Sagesse en un mot ou son Verbe ? Qu'est ce que le Métis d'Orphée , « cette Intelligence , créatrice première de « toute chose : MYîTtç TupôTo; yeveTcop (2)? » Qu'est-ce enfin que le Logos éternel et créateur de Platon , connaissance divine, première cause des créatures, original immatériel et éternel sur lequel toute chose a été faite et par lequel toute chose est successivement créée ; qu'est-ce, dis-je, que ce Aoyo; par rapport à celui que Platon appelle le Père de ce même Aoyoç , c'est-à-dire « le Père du Dieu constructeur « et cause de tout ce qui existe (3). » Ce Brahmâ actif, ce Narayann , ce Tao , ce Kneph , ce Démiourgos, cette Minen^e^ cq Métis ^ ce Logos^ c'est le Verbe, c'est le Logos de S. Jean.

(i) Voy. Notice du Musée Charles X et Lettres e'crilcs d'Égy/tte, par GhampolUon.

(a) Vers d'Orphée cités par Aristotij cl conservés par Slol>ét>. Voy. rarticle CUristianîsme de i'Encyclo/iJJie Nouvelle.

(3) Tbv TÛv TràvTCdv 0gov y<'Yaii.ova twv te ovtcov /«al twv u.eXXovtcov, to'j te

ijO'À DK L HUMANITE.

Il faut que j'explique, en aussi peu de aiots que je pourrai , ce que non seulement le Théologien du Christianisme, comme les Chrétiens appellent S. Jean , mais la théologie universelle, ont entendu par le Verbe.

Au sein de la Lumière étemelle qui embrasse et unit toute chose , est éternellement une lumière qui distingue toute chose. Cette seconde lumière, coétemelle et consubstantielle à la première, est le Verbe de Dieu , ou plutôt le Verbe en Dieu. C'est la Pensée dii^ine.

J'ai écrit ailleurs :

« Un des hommes qui ont le mieux connu les «origines du Christianisme, le docte Mosheim^ a « dit : Quiconque étudiera ce qui nous reste de «t témoignages de V ancienne sagesse égyptientte , ^c verra que toute cette doctrine reposait sur un a principe ; savoir^ que Dieu comprend tous les « ÊTRES , et que Dieu et le monde constituent

« UN SEUL tout, qui NE PEUT ÊTRE DECOMPOSE QUE

« PAR LA. PENSÉE ( I ). Ainsi , suivant Mosheim, au <c fond et au dessus de tout le polythéisme égyp- « tien se trouvait le panthéisme. Mais je vais plus « loin que Mosheim , et je dis que non seulement « les Egyptiens connurent la véritable nature de w Dieu sous le rapport de l'unité et de l'infinité, « c'est-à-dire le In l)eo vi^imus j et movemur ^ et

(i) Bes Christ, ante Constant, ^\\. 287.

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