‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 172 sur 216 · LIVRE SIXIÈME. ^ 9o · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. ^ 9o

« sumuSjàe S. Paul , mais qu ils s'élevèrent encore M de cette connaissance à la distinction du Verbe « en Dieu , c'est-à-dire qu'ils sortirent du pan- »c théisme absolu, précisément par ce côté par le- «c quel Mosheim dit que nous pouvons en sortir. « Dieu et le monde, dit Mosheim^ constituent un « seul tout , qui ne peut être décomposé que par « la pensée j cogitando. Mais qu'est-ce que distinte guer par la pensée? Vous avez donc à votre ser- « vice une pensée pour distinguer. Cette pensée est « donc aussi en Dieu; car apparemment elle n'est « pas à vous en propre ; elle vous est seulement « communiquée , puisque Dieu comprend tout. « Donc il y a aussi en Dieu une pensée, une raison « qui dissipe le chaos, qui éclaire toutes choses, a en distinguant les uns des autres les différents « êtres. Il ne faut pas davantage pour sortir du « panthéisme. La seconde notion de la nature di- « vine vient à l'instant même s'ajouter à la pre- « mière, et, au lieu d'être panthéiste, on est idéa- « liste et vraiment religieux (i). »

Cette citation me paraît, à quelques égards, propre à faire comprendre ce que la théologie universelle a entendu par le Verbe en Dieu, ou par le Fils. Mais voici un passage de Platon qui servira bien mieux encore à initier sur ce point le lecteur.

(r) Art. Christianisme de V Encyclopédie NvuveUe.

c)o4 DK l'humahité.

Dans la République , les interlocuteurs de Socrate lui demandent de leur expliquer la nature du Bien, Tessence du Bien et du Bon, c'est-à<lire Dieu :

SOCRATK.

« Je n'en demanderais pas davantage moi-même; « mais je crains que cela ne passe mes forces , et « qu'en tâchant devons satisfaire^ je ne m'y prenne « assez mal pour m'attirer des railleries de votre «( part. Quoi qu'il en soit, mes chers amis, laissons « pour cette fois la recherche du Bien, tel qu'il est « en lui-même: cette recherche nous mènerait trop « loin ; et j'aurais peine à vous expliquer sa nature, « telle que je la conçois, en suivant la route que « nous avons prise. Je veux vous entretenir, si vous a le trouvez bon, d'ime production du Bien^ qui a lui est tout 'à-fait semblable ; sinon, passons à « d'autres choses.

GLAUCON

« Non; parlez-nous du Fils y vous nous entre- « tiendrez une autre fois du Père. C'est une dette « que nous réclamerons en son temps.

SOCRATE

tt Je voudrais bien un jour pouvoir m'en acquitte ter, et que vous fussiez vous-mêmes en état de « la recevoir, au lieu du simple fruit (i) de la « dette, tel que vous le recevez aujourd'hui. Re-

(i) U y a dans le grec une équivoque sur le mot toxo;, qui sigoiiie ^Xalomenl un fils, une production, et Tinlérct, le fruit d'une dette.

LIS RE SIXIÈME. 9o5

« cevez donc ce fniit, cette produci ion du Bien; « prenez garde cependant que je ne vous trompe a sans le vouloir , en vous payant en fausse monif naie. »

Socrate alors commence par ime comparaison de Dieu avec le soleil. Dieu est le soleil invisible qui éclaire le monde des idées, Dieu est le soleil de la vie; mais ce soleil a sa lumière, qui rayonne de lui et qui est lui. Ce que la lumière que nous appelons physique est au soleil, la lumière qui rayonne de Dieu l'est à Dieu. Cette lumière rayonnant de Dieu, c'est ce que Platon, d'après l'antique théologie, appelle le Fils; Dieu, considéré comme le soleil en qui est cette lumière et d'où rayonne cette lumière, est le Père. Voici cette comparaison :

SOCRATE

« La vue, je vous le demande, peut-elle aperce- « voir l'objet visible sans le secours d'une troi- (c sième chose ?

CLAUCON.

« Que voulez-vous dire ?

SOCRATE

« Je veux dire qu'encore que les yeux soient « bien disposés, qu'on les applique à leur usage, c< et que l'objet soit coloré, cependant, s'il n'in- (c tervient pas une troisième chose , destinée à pro-

^o6 i>K l'humanitk.

te duire cet effet, les yeux ne verront rien, et les « couleurs seront invisibles.

6LAUGON.

« Quelle est cette chose?

SOCaATE.

« Cest ce que vous appelez lumière.

GLAUCON

« Vous avez raison.

SOCRATE

te De tous les astres-dieux qui sont dans le ciel, « quel est celui dont la lumière dispose le mieux « les yeux à voir et les objets à être vus ?

GLAUCON

a Selon moi comme selon vous et tout le monde, « c'est le soleil.

SOCRATE.'

u Voyez si le rapport de la vue à ce dieu n'esl « pas tel que je vais dire.

GLAUCON

« Comment?

SOCRATE

« La vue, non plus que l'organe ou la partie de « notre corps où elle se forme, et qu'on appelle «* l'œil, n'est pas le soleil.

GLAUCON

« Non.

SOCRATE

« Mais, de tous les organes de nos sens, Toeil

LIVBB SIXIEME. Cp'J

« est, je crois, celui qui ressemble davantage à a cet astre.

GLAUCON

« Sans contredit.

SOCRA.TE.

« La faculté qu'il a de voir , n'est-ce pas du so- « leil qu'il l'emprunte , et ne découle-t-elle pas , « pour ainsi dire, du soleil jusqu'à lui?

GLAUCON

rt Oui.

SOCRATE

« De même, le soleil, quoiqu'il ne soit pas la vue, « n'en est-il pas le principe , et de plus l'objet ?

GLAUCON

« Cela est vrai.

SOCRATE

ce Sachez donc que quand je parlais de la pro- « duction du Bien , j'avais en vue cette comparai- « son avec le soleil , où le Fils a également une cf parfaite analogie avec son Père. Le soleil est dans « le lieu visible , par rapport à la vue et aux objets a qu'elle perçoit, ce que le Bien est dans le lieu « idéal, par rapport à l'intelligence et aux êtres in- (c ligibles.

GLAUCON

te Comment? Je vous prie de m' expliquer votre « pensée.

SOCRATE

t Vous savez que lorsqu'on tourne les yeux vers^

l)od DK l'hLIHANITÉ.

a des objets qui ne sont pas éclairés par le soleil, « mais par les astres de la nuit, on a peine à disa cerner, qu'on est presque aveugle, et que la vue « n'est pas nette.

GLAUCON

*i Iji chose est ainsi.

SOCRATE

if Mais que , quand on regarde des objets éclai- « rés par le soleil, on les voit distinctement, et que a la vue est très-nette.

GLAUCON

tt Sans doute.

SOCRATE

a Comprenez que la même chose se passe à a l'égard de l'âme. Quand elle fixe ses regards sur « des objets éclairés par la vérité et par l'être , elle a les voit clairement, les connaît, et en a ce qu'on ce appelle l'intelligence. Mais lorsqu'elle jette les « yeux sur des objets enveloppés de ténèbres, «c'est-à-dire sur ce qui naît et périt, sa vue « s'émousse el s'obscurcit; elle n'a que des doutes « et des opinions qui changent à toute heure ; en « un mot, elle paraît tout à fait destituée d'intelli- « gence.

GLAUCON

« Cela est connue vous le dites.

SOCRATE

« Tenez donc pour certain que ce qui répand sur

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