LIVRE SIXIEME. 9I I
nous ne comprenons pas, c'est-à-dire nous ne sommes pas dans la vie ; car nous ne voyons , nous ne saisissons que des ombres de l'être , et non pas l'être.
Voir ou recevoir ou comprendre Dieu, l'auteur de la vie et la vie; le voir ou le comprendre par la Lumière même qui émane de lui et qui est lui; le voir indirectement dans les objets que cette Lumière nous révèle, c'est-à-dire dans les êtres divers émanés de Dieu et créés par cette Lumière même; le voir par conséquent au moyen d'une certaine pénétration de cette Lumière et de notre nature fiaie , qu'on appelle Science, quand on considère surtout notre intervention à nous autres créatures, et qu'on appelle Vérité, Grâce, Esprit-Saint, quand on considère surtout l'intervention de la céleste Lumière; enfin rester hommes, c'est-à-dire, tout en nous sentant divins en ce sens que tout en nous est de Dieu et vient de Dieu, reconnaître pourtant que Dieu, et la Lumière émanant de Dieu, et la communication qu'il nous fait de cette Lumière, ou la Grâce et la Providence dont il use à notre égard; sont à nous ce que l'infini est au fini, ce que la cause est à l'effet , ce que le créateur est à la créature, voilà donc notre lot, notre condition, notre devoir, et en même temps notre grandeur.
N'est-il pas évident que la doctrine de S. Jean
ÇfX'X DR L HUMANITÉ.
sur le Verbe est la doctrine même que Platon ei^ ]K)se en cet endroit?
Tout, dans S. Jean, depuis le célèbre exorde sur le Verbe, qui est la Lumière en Dieu, écfairant tout homme venant dans le monde , jusqu'à la dernière parole de Jésus allant au supplice, est empreint de cette doctrine.
Quand Pilate , dans S. Jean , condamne Jésus , Jésus, interrogé par Pilate sur sa nature, ne répond-il point par ce grand mot : Féritc ? « Pilate, « rentrant dans le prétoire, et ayant fait venir Jésus, « il lui dit : Es-tu le roi des Juifs... Jésus répondit: « Mon règne n'est point encore de ce temps. Alors « Pilate lui dit : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu « le dis ; je suis roi , je suis né pour cela , et je suis « venu dans le monde pour rendre témoignageà lavé- « rite. Quiconque est pourla vérité écoute ma voix. « Pilate lui répondit: Qu'est-ce que la vérité (i)?»» Pourquoi Jésus méle-t-il cette idée sur la vérité à l'idée même de sa royauté? Platon vient de nous l'expliquer. Jésus, s'identifiant avec le Verbe divin, doit fonder sa royauté sur le besoin que les hommes ont de la vérité. La vérité est la communication que Dieu nous fait de sa Lumière, et voilà pourquoi Jésus, qui s'identifie ou qui identifie son inspira-
(i) s. Jean, ch. XVIH, v. 33-38.