LIVRE SIXIÈMR. () I J
Jésus est la Parole créatrice de Dieu , le Aoyoç. Mais cette Parole, qui est la lumière, la vie, éclaire tout homme venant au monde. Donc ce n'est pas Jésus en tant qu'homme qui est cette parole, cette lumière , cette vie. Une autre preuve que Jésus , en tant qu'homme, n'est pas cette parole, cette lumière , cette vie , c'est que tous , suivant S. Jean , tions avons le droit dêtre faits Fils de Dieu , comme lui. Il ne faut, pour cela, qu'être nés de Dieu, c'est-à-dire recevoir cette parole, cette lumière, cette vie. Il est vrai que S. Jean dit que cette initiation nous est venue par Jésus. Mais ne inet-il pas Jésus sur la même ligne que Moïse en disant : « La Loi a été donnée par Moïse, la Grâce « et la Vérité sont venues par Jésus-Christ. » En quoi donc différencie- t-il essentiellement Jésus de Moïse et de tout autre homme? Donc, suivant S. Jean lui-même , Jésus n'est le Verbe que par le yerbc , si je puis m'exprimer ainsi , de même que dans son autre assertion que Jésus est Dieu, ou fils de Dieu , Jésus n'est Dieu quejyar Dieu. Donc, au fond , rien d'idolâ trique ne gît absolument dans la pensée de S. Jean, puisqu'en définitive, en même temps qu'il particularise Dieu ou la Pensée de Dieu dans Jésus, il conserve toujours l'universel Dieu et l'universelle Pensée de Dieu.
L'idolâtrie est sortie de là, j'en conviens; l'idolâtrie est venue avec les déductions que les Chré-
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tiens prétendirent tirer de ces hautes conceptions. Mais r idolâtrie n'est pas fondamentalement dans S. Jean.
T^ doctrine exposée par Platon , et sur laqudle S. Jean a greffé involontairement la divinité de Jésus (car je nie, encore une fois, qu'on puisse lui reprocher d'être tombé fondamentalement dans l'idolâtrie où le Christianisme, à sa suite, est tombé ) , cette doctrine était-elle de Platon ? Non ; Platon l'avait apprise de ses maîtres ; elle se retrouve au fond de toutes les grandes religions de rOrient.
Et l'erreur que S. Jean a fait commettre, V anthropomorphisme du Verhe , était-elle une erreur nouvelle dans le monde, et qui commençât à S. Jean? Non; cette erreur qui, il faut le reconnaître, fut, par rapporta l'Occident, un immense progrès sur les idolâtries antérieures, n'était nouvelle qu'en Occident. Quant à l'Orient, l'idée d'adorer la Pensée de Dieu dans un homme était fort ancienne. Depuis Wishnou jusqu'à Chrisna , et jusqu'à Bouddha, qui devança Jésus d'au moins huit siècles, c'était le Verbe de Dieu que les Indiens disaient adorer dans ses avatars successifs.
A côté (le la vérité l'erreur est venue se placer; à côté de l'intuition de Dieu, l'idolâtrie; et, par une sorte de fatalité , il est arrivé quelquefois que les hommes qui ont le mieux connu et adoré Dieu