LIVRE SIXIJIIME
ont été eux-Tnémes une cause d'idolâtrie; car ils ont été pris pour Dieu , par cette raison que Dieu en effet parlait par leur bouche et vivait en leur sein.
Il y a un point de partage , pour ainsi dire , que rhumanité n'a pas pu faire du premier coup, et qui l'eût empêché de s'égarer. Il fallait distinguer la Révélation des Béuélateurs. La Révélation est de Dieu , et elle est le Verbe de Dieu dans l'huinanité; aucun révélateur n'est ni Dieu, ni le Verbe de Dieu, pour cela.
Bien des siècles avant S. Jean, la distinction à faire entre là Révélation et les Révélateurs avait été obscurément sentie; ce qui n'avait pas empêché d'adorer les Révélateurs. Le Christianisme n'a pas échappé non plus à cette nécessité de la faiblesse humaine.
Le Verbe a parlé en Jésus ^ c'est-à-dire dans l'humanité et avec l'intervention de l'humanité, comme le comportait la condition de l'humanité à cette époque : voilà la vérité. Mais le f^erbe est Jésus , voilà l'erreur.
Ce qu'il faut adorer , c'est Dieu ; et ce qui est divin , c'est la Révélation , mais aucun des Révéla^ teurs n'est Dieu ou la Pensée divine. Les Révélateurs ne sont divins que par le Verbe qui les éclaire, par la Révélation antérieure qui les a formés et qu'ils développent, et enfin par Dieu dont ils sont
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fils comme tous nous le sommes, qui est en eux comme dans toutes les créatures , en qui ils vivent comme tous les êtres.
Si nous disions : Dieu ne s'est pas plus manifesté en Jésus qu'en tout autre mortel , alors le Christianisme n aurait rien eu de divin, et la religion serait une chimère.
Aussi n'est-ce pas ce que nous disons. Nous disons que Jésus a été divinement inspiré. Nous disons que la Loi ou Doctrine ou Parole qu'il avait héritée de Moïse, étant l'expression de la Loi de la Fie^ n'a jamais été reçue en effet dans un homme sans que la vie en cet homme ne fût divinement exaltée, et qu'à plus forte raison les hommes qui ont fait faire à cette Loi, à cette Doctrine, à cette Parole, un grand progrès, comme Jésus, ont été doués par Dieu d'une exaltation divine de la vie; qu'étant ainsi adéquats jusqu'à un certain point à cette Doctrine, ils ont représenté la Yie, et ont pu dire ce que dit Jésus dans S. Jean : Je suis la Fie, Mais néanmoins ils n'ont pu dire cela qu'en tant qu'ils concevaient et représentaient mieux que leur époque la Loi de la Vie, c'est-à-dire au fond la Vie, de telle sorte que la divinité qui était en eux leur était prêtée, prêtée par Dieu, prêtée aussi par l'humanité, et qu'en définitive ce qui restait comme substratum de cette divinité , c'était eux comme virtualité, mais c'était aussi Dieu et l'Humanité.