‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 178 sur 216 · LIVRE SIXIKMR. 9IC · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIKMR. 9IC

Dieu était en eux, mais leur nature finie \ était aussi; et la parole qui est sortie de leur bouche , expression de la nature divine limitée parl'imperfectiou humaine, n'est véritablement divine qu'en tant qu'elle est un anneau de la Révélation /y/iogressi^e.

Dieu parlait par leur bouche ; mais l'humanité, arrivée à un certain point de son développement, parlait aussi par leur bouche. Ils étaient fils de cette humanité , et formés par elle. Vainement se sont- ils crus inspirés directement de Dieu. Ils étaient inspirés par Dieu , il est vrai , mais à travers l'intermédiaire de l'humanité , au sein de laquelle la Providence de Dieu les avait fait naître , et pour l'avancement de laquelle cette Providence les avait envoyés. Donc la parole qui est sortie de leur bouche est, si j'ose ainsi m'exprimer , divinement humaine^ ou, ce qui est la même chose, hur mainemeni divine^ et non pas seulement divine. Car il est impossible de séparer l'Humanité et Dieu dans l'inspiration qui l'a produite.

Je viens de dire qu'il y avait eu dans la haute antiquité une sorte d'ébauche , fort impai^ite , de cette distinction entre les Révélateurs et la Révélation, distinction qui, bien comprise, détruirait à jamais l'idolâtrie sans détruire la religion. -Cette distinction , en effet , n'est-elle pas évidente dans le Mosaïsme ? Les Hébre^ux regardaient l'Écrilure, ou

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ce qu'ils nommaient la I^i , comme divine: adoraient-ils pour cela Moïse ou leurs prophètes? Ils regardaient la I^i comme divine, ils regardaient le Législateur comme inspiré; mais ils n'adoraient que Dieu.

Cette même distinction entre la Révélation et les Rés^élateurs se montre aussi dans les plus antiques monuments de l'Inde. Les Indiens (je ne parle pas des adorateurs de Wishnou) regardaient le Yéda comme divin : mais ils n'adoraient aucun des auteurs des Yédas ; ces auteurs étaient même la plupart inconnus. Le Yéda ^ suivant eux , était étemel et incréé. L'essence du Yéda, c'était Brahmâ luimême, le Yerbe de Brahm ou de Dieu; et quant au Yéda écrit ou à l'Écriture , ils aimaient mieux supposer que Brahmâ avait fait sortir cette Sainte- Écriture du feu , de l'air, et du soleil, que de lui donner des auteurs humains : ce Du feu, de l'air, et « du soleil, dit Manou, le Souverain Maître ex- « prima, pour l'accomplissement du sacrifice, les a trois Yédas éternels, nommés Ritch, Yadjous, c< et Sama (i). » Dans ce même Sastra, les grands ricliis ou saints, s' adressant au législateur Manou, ne lui disent pas : Enseigne-nous ta parole ; car tu es toi-même la Parole ou le Yerbe de Dieu. Mais ils lui disent : Enseigne-nous la Parole , laquelle de

{\) Loi de Manon ^ liv. I, si. a3.

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