LIVRE SIXIKMR. 9IC
Dieu était en eux, mais leur nature finie \ était aussi; et la parole qui est sortie de leur bouche , expression de la nature divine limitée parl'imperfectiou humaine, n'est véritablement divine qu'en tant qu'elle est un anneau de la Révélation /y/iogressi^e.
Dieu parlait par leur bouche ; mais l'humanité, arrivée à un certain point de son développement, parlait aussi par leur bouche. Ils étaient fils de cette humanité , et formés par elle. Vainement se sont- ils crus inspirés directement de Dieu. Ils étaient inspirés par Dieu , il est vrai , mais à travers l'intermédiaire de l'humanité , au sein de laquelle la Providence de Dieu les avait fait naître , et pour l'avancement de laquelle cette Providence les avait envoyés. Donc la parole qui est sortie de leur bouche est, si j'ose ainsi m'exprimer , divinement humaine^ ou, ce qui est la même chose, hur mainemeni divine^ et non pas seulement divine. Car il est impossible de séparer l'Humanité et Dieu dans l'inspiration qui l'a produite.
Je viens de dire qu'il y avait eu dans la haute antiquité une sorte d'ébauche , fort impai^ite , de cette distinction entre les Révélateurs et la Révélation, distinction qui, bien comprise, détruirait à jamais l'idolâtrie sans détruire la religion. -Cette distinction , en effet , n'est-elle pas évidente dans le Mosaïsme ? Les Hébre^ux regardaient l'Écrilure, ou
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ce qu'ils nommaient la I^i , comme divine: adoraient-ils pour cela Moïse ou leurs prophètes? Ils regardaient la I^i comme divine, ils regardaient le Législateur comme inspiré; mais ils n'adoraient que Dieu.
Cette même distinction entre la Révélation et les Rés^élateurs se montre aussi dans les plus antiques monuments de l'Inde. Les Indiens (je ne parle pas des adorateurs de Wishnou) regardaient le Yéda comme divin : mais ils n'adoraient aucun des auteurs des Yédas ; ces auteurs étaient même la plupart inconnus. Le Yéda ^ suivant eux , était étemel et incréé. L'essence du Yéda, c'était Brahmâ luimême, le Yerbe de Brahm ou de Dieu; et quant au Yéda écrit ou à l'Écriture , ils aimaient mieux supposer que Brahmâ avait fait sortir cette Sainte- Écriture du feu , de l'air, et du soleil, que de lui donner des auteurs humains : ce Du feu, de l'air, et « du soleil, dit Manou, le Souverain Maître ex- « prima, pour l'accomplissement du sacrifice, les a trois Yédas éternels, nommés Ritch, Yadjous, c< et Sama (i). » Dans ce même Sastra, les grands ricliis ou saints, s' adressant au législateur Manou, ne lui disent pas : Enseigne-nous ta parole ; car tu es toi-même la Parole ou le Yerbe de Dieu. Mais ils lui disent : Enseigne-nous la Parole , laquelle de
{\) Loi de Manon ^ liv. I, si. a3.