LIVRE SIXIÈME
sa nature est éternelle et existe par elle-même , comme Dieu : « Toi seul, ô maître , connais les a actes , le princi[)e et le véritable sens de cette « règle universelle, existant par elle-même, incona cevable, dont la raison humaine ne peut pas ap- « précier l'étendue, et qui est le Véda (i). »
Le Véda était donc la Science en général, la Science comme l'entend Platon dans le passage que nous avons cité plus haut; le Verbe révélé; la Lumière divine se manifestant ou s'incamant dans l'humanité; la Vérité, en d'autres termes, la Vérité entendue comme l'entend encore Platon dans ce passage, c'est-à-dire ce que Dieu ou l'Être fait connaître de lui à l'homme ; la vue de l'Être infini par l'être fini , au moyen d'une certaine révélation qui a sa cause dans l'Être infini et dans l'être fini ; la Vérité comme l'entend également Jésus , dans le passage de S. Jean que nous avons rapproché de celui de Platon. C'est cette Vérité, cette Science, cette Lumière , que les Indiens appelaient f^éda , c'est-à-dire , suivant l'étymologie même du mot , Science et Lumière (a).
Ce que les Indiens appelaient f^éda , les Hébreux l'appelaient Thora. La \jo\ ou Thora était la Science, la Vérité; science ou vérité révélée par Dieu, in-
( r) Iao} (h' Manuu, liv, I , si. 3 .
(a) f'l(/ya, sv'wiwv. On raHitrlio avi'c raison à ce radiral le lit/erc d\'.s
Qati UE L HUMANITÉ.
spirée par le Verbe de Dieu , participant de la nature divine, dont elle était l'expression dans rhumanité , sans pour cela que ceux en qui cette Parole avait germé fussent considérés comme étant d'une essence différente de celle des autres en&nts d'Adam. Et ce nom de TAora voulait dire science, connaissance , comme le mot Véda des Indiens (i).
La Réi^élation, le Véda des Indiens , ou la Thora des Hébreux, était doncconsidérée comme adéquate à la Pensée divine qui l'avait inspirée. Mais la Pensée dis^ine restait en Dieu , et Dieu n'intervenait pas en personne dans l'humanité ; Dieu restait l'Être In£ni , l'Etre Universel , et ne comparaissait pas à titre dêtrc particulier.
Les adorateurs de Wishnou, en ses divers avatars , firent intervenir l'Être Universel à titre d'élre particulier; et de là bien des cultes idolâtriques. Le Christianisme a fait de même pour Jésus.
Mais cette idolâtrie est-elle fondamentalement dans S. Jean? Voilà notre question. Je répète de nouveau que non , et j'ose dire que l'Évangile de S. Jean, sous ce rapport capital, na pas encore été bien compris jusqu'ici.
L'idolâtrie du Christianisme est venue principalement de ce que S. Jean ayant montré en Jésus la Pensée divine créatrice, les Chrétiens ont séparé
eii Dieu ce qui est indissolublement uni en Dieu , savoir, les trois termes Père, Fils, Saint-Esprit, et, parce que S. Jean avait dit : Le fils ou le Verbes^ est manijesté en Jésus (ce qui pour lui voulait dire : Dieu s^est manifesté en Jésus ), ont cru que Jésus était une des personnes de Dieu.
Mais puisque les trois personnes en Dieu forment une unité indécomposable j n'est-il pas absurde d'imaginer que S. Jean ait voulu dire que Jésus était une de ces personnes ? Puisque, suivant S. Jean lui-même, le Verbe est la lumière qui éclaire tout homme venant au monde ^ assurément, pendant les cinquante ans que, suivant S. Jean (i), Jésus passa sur la terre , le Verbe de Dieu ne cessa pas d'éclairer tout homme venant an monde. Puisque, suivant S. Jean lui-même, foutes choses ont été faites par ce Ferbe , et que rien de ce qui a été fait na été fait sans lui , assurément ce Verbe , manifesté en toutes choses, ne s'est pas manifesté uniquement en Jésus. Et puisque tout homme, comme toute chose , est une manifestation de ce Verbe , Jésus est une manifestation de ce Verbe comme tout homme et comme toute chose.
En cent endroits, Jésus, dans S. Jean, répond pour ainsi dire par avance à l'idolâtrie des Chrétiens, qui l'ont fait Dieu. Sans parler du fameux
(i) Voy. plus haut, pag. 76^ , noie
()-a4 ^^' LHUMANITÉ.
passage , si positif et si clair, dont Socin et ses disciples se sont tant étayés : «c Cest ici /a vie étera nelle, de le connaître toi le seul vrai dieu, et « celui que tu as em*ojré^ Jésus le Christ (i), » sans a parler, dis-je , de ce passage , combien d'autres :
ff Celui qui croit en moi , ne croit pas en moi , <c mais il croit en celui qui m'a envoyé (a), d
<i Je n'ai pas parlé par moi-même; mais le Père, V qui m'a envoyé , m'a prescrit ce que j'ai à dire, a et de quoi je dois parler. Et je sais que son com- « mandement est la vie étemelle. Les choses donc « que je dis , je les dis comme mon Père me les « a dites (3). p
« Je m'en vais à mon Père; car mon Père est « plus grand que moi (4). »•
« Comme mon Père m'a aimé, je vous ai aussi « aimés; demeurez dans mon amour (5). »
« Je suis le cep, et vous les sarments Je suis
« le vrai cep, mais mon Père est le vigneron (6). »
u Je leur ai donné (à ses disciples) ta parole
a Sanctifie -les par ta vérité ; ta parole est la vé- « rite (7). »
(i) s. Jean, ch. XVII, v. 3 (a) S. Jean, ch. XII, v. 44.
(3) Ibid., V. 49-5o.
(4) S. Jean, ch. XIV, v. aS.
(5) S. Jean, ch. XV, v, 9.
(6) /6id., V. 5 et I.
(7) S Jean, ch. XVII, t. 1417.