‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 180 sur 216 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

« Ma doctrine n'est pas de moi , mais de celui « qui ma envoyé. Si quelqu'un veut faire la volonté « de Dieu , il reconnaîtra si ma doctrine est de a Dieu, ou si je parle de mon chef (i). »

Je pourrais citer, dis-je, une foule de passages semblables où Jésus , dans S. Jean , établit entre lui et Dieu une incommensurable distance.

Si S. Jean avait entendu Tincamation de Dieu en Jésus comme les Chrétiens l'ont entendue dans la suite, aurait-il fait dire à la Pensée dis/ine : « Les ce choses que je dis, je les dis comme mon Père me « les a dites ! » Lui aurait-il fait dire : « Ne croyez « pas en moi, mais en celui qui m'a envoyé! » Lui aurait-il fait dire : « Mon Père est plus grand que tf moi ? >j Lui aurait-il fait dire, s'assimilant, comme nature, à ses disciples : a Je suis le cep , vous les « sarments ; mais mon Père est le vigneron ? » Toutes ces expressions , dans l'hypothèse que Jésus est le Verbe de Dieu en tant que personne de Dieu, sont contradictoires et absurdes.

Mais supposez au contraire que Jésus se croie et se dise le Verbe en ce sens que Dieu l'éclairé par le Verbe, et qu'ainsi c'est le Verbe de Dieu, c'est-àdire Dieu en ses trois personnes sous la prédominance du Verbe, qui parle en lui; et, d'un côté, toutes ces expressions où Jé»us met son Père ou

(i) s. Jean, ch VII, v. i6-'7.

€)^G DE L HUIIANITE.

Dieu a une incommensurable distance de lui sont simples et naturelles ; en même temps , toutes les autres expressions où il se dit le Verbe et parle de lui comme du Verbe, deviennent claires et iisicilement intelligibles.

J'ai écrit ailleurs :

<K La religion est la quantité de vérité absolue « que nous nous assimilons sous la forme de vé* « rite relative. Or quelle a été la vérité relative au «« temps de S. Paul , au temps de S. Augustin , au « temps même de Luther, de Pascal, de Descartes, rt et de Leibnitz? C'est que l'Idéal entrevu par c< Platon , le Verbe de Dieu , avait apparu sur la « terre. Tout philosophe, antérieurement à Place ton, avait cru, ainsi que l'humanité tout entière, K à des dieux multiples qui s'incarnaient. Com- « ment donc vouliez- vous qu'après Platon le phi- « losophe ne crût pas à l'incarnation de l'Idéal , s'il « croyait vraiment à la distinction du Verbe en « Dieu?

(c Donc la pensée de Platon tendait à prendre ff cette forme erronée , quand le moment serait « venu pour cette pensée d'être comprise et vrai- « ment mûre.

c< Mais je vais plus loin même, et je dis que cette oc idée de l'incarnation divine en Jésus n'était pas a une erreur. Ce n'était pas non plus, certes, une « vérité absolue : c'était une vérité relative. L'es-

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