LIVRE SIXIÈME. 5o
(( inencèrent à être connus à Alexandrie , » il ajoute : « 11 est donc avéré que nos premiers « parents furent toujours ignorés des nations. Il «faut avouer qu'une telle réticence est sans ij « exemple. Tous les peuples se sont attribué des < «origines imaginaires , et aucun n'a touché à la « véritable. On ne peut comprendre comment le ' « père de toutes les nations a été ignoré si long- * « temps. Son nom devrait avoir volé de bouche i « en bouche d'un bout du monde à l'autre , selon
' «le cours naturel des choses humaines. Humi-
«lions-nous sous les décrets de la Providence, « qui a permis cet oubli si étonnant. Tout a été « mystérieux et caché dans la nation conduite par « Dieu même , qui a préparé la voie au Christia- «nisme, et qui a été l'olivier sauvage sur lequel « est enté l'olivier franc. Les noms des auteurs du «genre humain, ignorés du genre humain, sont « au rang des plus grands mystères (i). » Si Voltaire , au lieu de ne s'attacher dans le récit génésiaque de Moïse qu'aux images matérielles , comme un enfant, sans pénétrer dans le symbole, s'était adressé ces questions : « Le genre humain a-t-il connu et connaît-il bien encore aujourd'hui son unité, sa solidarité, sa loi de développement? L'homme se connaît-il , connaît-il sa relation avec
(i) Dictionnaire Philosophique ^ art. Adam.
5o8 DE l'îIL'MANITÉ.
les autres hommes qui iont précédé sur la terre, qui vivent contemporainement avec lui sur la terre, et qui le suivront sur la terre? En d'autres termes, le mystère de la génération de Tbomme individu dans re>pèce est-il connu? » Voltaire ne se serait pas étonné que les antiques traditions qu'il rapporte ne disent rien sur ces questions; leur silence complet à cet égard ne lui aurait pas paru un étonnant mystère : mais il aurait admiré que Moïse ait pu donner une solution si précise et si nette, bien que cachée sous le voile hiéroglyphique, et enveloppée de ténèbres, de ce problème de l'homme individu et de Thumanité. L'ironie aurait expiré sur les lèvres de Voltaire , et se serait changée en louange. Mais il a été bon et nécessaire que Voltaire ne comprit pas la Genèse de Moïse ; il a été bon et nécessaire que la critique du dix-huitième siècle, en détruisant le respect idolâtrique pour la lettre sainte , nous permît par là même de pénétrer sans impiété dans le sens et dans la pensée, pour vivifier en nous et transformer cette pensée , nous l'assimiler, et nous en nourrir.
Voltaire ne fait-il pas pitié , lorsqu'il met audessus de Moïse, au-dessus de la pensée de Moïse, les lumières des politiques grecs et romains? «Qu'auraient dit, s'écrie-t-il , César, Antoine, « Crassus, Pompée , Cicéron,Marcellus, Mételhis, « si un pauvre Juif, en leur vendant du baume ,