‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 19 sur 216 · LIVRE SIXIKME. 5o · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIKME. 5o

a leur avait dit : Nous descendons tous d'un même « père , nommé Adam ? Tout le sénat romain « aurait crié : Montrez-nous notre arbre généa- « logique... Quoi! vous saviez un si grand secret, a et vous nous l'avez caché ! — C'est que nous «sommes purs et que vous êtes impurs, aurait « répondu le Juif. — Le sénat romain aurait ri , t ou l'aurait fait fustiger (i). »

Eh! c'est précisément ce qu'ils firent à S. Paul lorsqu'il vint, avec le dogme d'Adam à la main, leur dire : Nous sommes tous une seule race , un seul homme, un seul homme éternel. Ils rirent, et le firent frapper de verges. 11 n'y a donc pas besoin de forger cette supposition , elle est toute faite. Mais S. Paul avait-il raison , je le demande à Voltaire? avait-il raison contre l'Aréopage qui rit et refusa de l'entendre? avait-il raison contre le préfet romain qui le fit frapper? et, s'il eût paru devant tout le sénat, n'aurait-il pas eu raison contre tout le sénat? Or d'où venait à S. Paul cette connaissance qui lui donnait raison , sinon du dogme d'Adam?

Il y a deux manières de considérer le texte même du Sépher ou de la Genèse de Moïse. On peut croire que nous possédons réellement encore le sens de l'antique langue dans laquelle est

(i) Dictionnaire Philosophique f art. Adam.

DIO DE LHr»%3IITC.

écrit ce monument dont trente*troîs siècries nous séparent. 3Iais on peut soutenir aussi que rhâNreu des savants actuels n est qu'une dérivation fort éloignée de Tancienne langue hébraïque , et qu'ainsi nous n'avons, par le moyen de cet hébreu , qu'une interprétation secondaire et dérivée, et non pas une traduction véritable du texte de Moïse. Dans œtte dernière hypothèse, le texte lui-même nous resterait voilé, et pourtant nous en aurions une certaine connaissance par la langue dérivée et secondaire que l'on appelle aujourd'hui l'hébreu* Mais qu'importent l'une ou l'autre de ces suppositions, puisqu'il est évident , dans toutes les deux , que Moïse , en parlant d'Adam , n'a pas voulu parler d'un homme en particuUer, mais de rhumanitéj de l'espèce humaine , de l'homme en général.

L'idée que la création d'Adam dans la Genèse est im mythe, concernant l'humanité en général , et non pas une simple histoire, un récit au sujet d'un prétendu /?re/7i/(er homme ^ n'est certes pas nouvelle. Cette idée a régné presque universellement chez les Juifs , elle a été adoptée par plusieurs des Pères de l'Église , et par tous les savants modernes qui ont examiné cette question avec quelque attention. Pour prendre la Genèse à la lettre, il faut vraiment vouloir se couvrir les yeux du double bandeau de la superstition et du préjugé, ou bien, comme Voltaire, il faut être poussé par l'esprit de critique et de scepticisme.

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