LIVRE SIXIKMR
ic prit humain n'aperçoit jamais la vérité qu'avec « des ténèbres; il est donc obligé de bégayer comme « Tenfant avant de parler, d'entrevoir avant de voir, a de sentir et de comprendre confusément avant « de sentir et de comprendre clairement. Mais béi< gayer c'est déjà parler, entrevoir c'est déjà voir, « comprendre confusément c'est déjà comprendre.
c< Si donc on me posait la question : Jésus a-t-il a été l'incarnation du Verbe de Dieu, oui ou non ?
« Je répondrais : Oui et non ; car , dans cet ordre « de vérités, oui et non ne sont pas contradic- « toires.
a Oui, dirais-je, car nous sommes tous fils de « Dieu, Dieu est en nous tous : in Deo vivimus ^ et li. inovemur ^ et sumus. Oui , dirais-je encore; car ce l'idée de Platon est vraie , il y a en Dieu un Verbe « de Dieu. Or, s'il y a en Dieu un Verbe créateur, a il doit agir, il doit créer en nous; si ce Verbe « conduit l'humanité, il faut bien qu'il se mani- « feste. Il s'est donc manifesté en Jésus , et il a pris « une possession nouvelle de l'humanité en com- « niençant par Jésus. Cela a été un grand , un so- <c lennel moment dans la création successive de « l'humanité. Il fallait bien en effet qu'il y eût un c< homme qui , le premier de tous , réalisât en lui fi et s'appliquât cette sublime doctrine. Cet homme, « ce fut Jésus. En nous reportant donc aux desseins « de Dieu , et aux résolutions de sa providence
iyiS DE l'humanité.
« dans le gouvernement du monde, il faut dire que i< Jésus fut , parmi tous les fils de Dieu que ren- M fermait FOccident, son fils chéri par excellence. « Il fut y comme disent quelquefois les Pères, le a Prométhée qui anima du feu divin nos statues « d'argile. Il nous donna le mouvement, l'initiation, (' la vie. Oui, la vie spirituelle nous est venue par a lui; il a donc été réellement, et non par une fic- M tion, par une comparaison, le sauveur de nos a âmes. Si nous sommes aujourd'hui ce que nous a sommes, nous le Itii devons. Il est vrai que nous i< ne le devons pas qu'à lui seul. Il avait été préce cédé, non pas seulement par une foule d'hommes « religieux en Orient, que l'Orient, également sé- <i duit , a pris aussi pour des incarnations de Dieu a sur la terre , mais dans l'Occident même , par « Pythagore, par Socrate, et par Une multitude «c d'autres sages.
« L'erreur a donc été uniquement de prendre « pour un cas tout à fait particulier et anormal ce « qui n'était qu'un fait plus général.
« H n'y a rien là de plus embarrassant pour nous a aujourd'hui, que dans ce qui est arrivé si sou- « vent pour l'invention de toutes les grandes choses, « de toutes les grandes découvertes. Elles ont été, « la plupart du temps, faites plusieurs fois; et de « là il est résulté des contestations, des disputes, « des sectes; chaque inventeur a eu ses partisans