LIVRE SIXIÈME. qSS
dans un mystérieux phénomène que nous appelons notre raison , notre vie , notre inspiration , nos intuitions 9 etc. Supposez , di^^' V^^ ^^ ^^^~ tonicien ainsi préparé , et habitué à appeler l'Être absolu le Père, et son émanation éternelle le Fils, puis enfin la communication de cette Lumière incréée et divine, ou sa pénétration dans nos âmes, FEsprit-Saint , et à croire que trois essences, répondant à ces trois choses, existent dans l'Essence Divine , non pas distinctes et séparées, mais unies et jointes éternellement sans néanmoins se confondre ; supposez que ce philosophe vienne à lire l'Évangile de S. Matthieu . Il y verra Jésus enseigner une Révélation à la suite de celle de Moïse , et il y verra Jésus appelé le Fiis de Dieu dans le sens vague où nous avons vu que S. Matthieu emploie ce mot. N'est-il pas vrai que , s'il croit à la Révélation de Jésus, ce Platonicien liera aussitôt dans sa pensée l'idée platonicienne avec l'idée juive? J'entends que ce terme de Fils de Dieu dans S. Matthieu lui rappellera ce que Platon appelle le Fib de Dieu , c'est-à-dire la Lumière incréée de Dieu , la Lumière étemelle qui nous donne la Science, la Vérité , la Connaissance , la Grâce ; car tous ces termes sont synonymes, comme j'en ai fait plus haut la remarque. Donc , Jésus sera pour lui cette Lumière incréée, manifestée dans un homme, ce Verbe parlant par la bouche d'un homme, cette
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Révélation éternelle se déclarant par un homme.
Mais particularisera-t-il le Verbe de Dieu en Jésus, au point de dire : Celui-là seul est le Verbe de Dieu ? Non ; loin de là , il dira : Nous pouvons tous être animés du même esprit que lui , participer de Dieu comme lui, être le Verbe de Dieu comme lui , être Dieu comme lui. Et c'est précisément ce que dit S. Jean. « I^e Verbe a donné à « tous le droit d'être faits enfants de Dieu, sa- «c voir à ceux qui croient en son nom y qui ne sont tf point nés du sang , ni de la volonté de la chair, « ni de la volonté de l'homme , mais qui sont nés « de Dieu (i). »
En outre , ce Platonicien supposera-t-il qu'il n'y a pas un homme dans cet homme qu'il voit inspiré de Dieu , ou de la Lumière de Dieu ou du Verbe de Dieu (ce qui est toujours Dieu pour lui)? Supposera-t-il qu'il n'y a pas, dis-je, un homme dans Jésus , un homme qui a été éclairé, mais un homme ? Ce serait comme s'il supposait que nous pouvons voir la lumière du soleil sans l'œil et sans aucun organe. L'œil , suivant Platon (2) , ressemble au soleil , et a été fait par lui pour voir ; mais il n'est ni le soleil ni la lumière. Donc , puisque notre Platonicien reconnaît que le Verbe parle parla bouche d'un homme, il reconnaît par là
(i) s. Jean, ch. I, v. ia-i3,
(2) Voy. le passage cité plus haut, pag. 904.
même que ce Verbe éternel et iiicréé, cette Lumière de Dieu, s'est unie à l'humanité, s'est communiquée à l'humanité par un certain homme, qui a été, pour ainsi dire , l'œil ou l'organe par lequel cette pénétration s'est accomplie. Et dans cet homme, tout éclairé qu'il soit du Verbe ou de la divine Lumière, il y a encore l'homme, la créature, l'être fini, en un mot un fils d'Adam ou de l'humanité.
Qu'importe donc que S. Jean fasse parler Jésus à titre de Verbe ! Le Verbe de Dieu s'est-il manifesté et se manifeste-t-il éternellement dans l'humanité? Oui. S'est-il manifesté par Jésus? Oui, autant que la condition de l'humanité le permettait alors. Donc Jésus était en ce sens le Verbe. Que l'on restreigne la proposition de S. Jean à ces termes , et la Philosophie peut encore admettre en ce sens cette assertion du Christianisme, que Jésus fut le Verbe de Dieu.
Troisième question. Je me poserai maintenant celte troisième question : Qu'enseigna fondamentalement JiÉsus, ou quelle est cette Doctrine de la vie qui lui faisait dire : Je suis la vie, et qui lui fit donner son corps, et abandonner sa vie phénoménale, pour introduire ses disciples, et par ses disciples l'humanité, dans ce qu'il nommait la vie éternelle ?
Jésus se crut inspiré, se sentit inspiré, et fut
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véritablement inspiré : voilà notre profession de foi sur Jésus. Il se crut , comme il le dit souvent dans l'Évangile , consacré ou sanctifié par Dieu pour ime certaine mission (i), et marqué de son sceau pour une certaine œuvre qu'il appelle, dans S. Jean , l'œuvre de donner la vie au monde (a). Cette opinion de Jésus sur sa propre nature est d'ailleurs parfaitement en harmonie avec son opi-
(i) Celte expression : Dieu m'a sanctifié et chargé éCune mission, dont Jésus se sert pour se c^raclériser lui-même, est extrêmement remarquable. Quel homme pénétré de ses idées, et sûr de posséder une vérité utile au genre humain , n'a pas parié de celte façon ? Et quel homme a pu parler ainsi sans reconnaître par là même qu'il était an homme, et non pas Dieu , ou une des trois personnes de Dieu ? Si quelque lecteur a encore des doutes sur Tidée que Jésus nous donne, dans TÉvangile, de sa propre nature , qu'il relise souvent le passage de S. Jean , cité plus haut , et qu'il médite ces motâ : « Si l'Écriture a appelé Dieux ceux k qui « la Parole de Dieu était aiiressée ,... dites- vous que je blasphème , moi « que le Père a consacré et qu'il a chargé d'une mission ( à7F£(TT6iXiv) dans « le monde , parce que j'ai dit : Je suis le Fils de Dieu ? (S. Jean , Gh. X, ■ V, 35-36. ) »
(a) S. Jean, ch. VI , v. 27 et suiv. : « Travaillez pour avoir, non la « nourriture qui périt, mais la nourriture qui dure et persiste dans la vie « éternelle, vl que le Fils de l'homme vous donnera; car le Père, DieuJ'a « marqué de son sceau, , Ils lui dirent : Quelle œuvre fais-tu ? Nos pères ont *< maugé la manne dans le désert ; Dieu leur a donné à manger le pain du « ciel. Et Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis; Moïse ne « vous a point donné le pain du ciel. Mais mon Père vous donne le vrai • pain du ciel; car le pain de Dieu est celui qui vient du ciel, et qui « donne la vie au monde. Je suis le paiu de vie , etc. « Puisque j'ai cité ce passage, il faut que je fasse une remarque sur son véritable sens; car c'est un de ceux que les théologiens allèguent pour étayer leur ;)bsurde opinion que Jésus s'est dit venu d'un lieu particulier appelé le ciel. Or, non seulement Jésus ne dit rien qui soit en faveur de l'opin'on de ces théologiens, mais il dit tout le contraire. Il est évident que Jésus jouo