LIVRE SIXIÈME
nion sur Dieu, savoir que Dieu est immanent dans toutes les créatures. Car nous ne comprenons réellement que Dieu est immanent dans toutes les créatures que par une intuition subjective , c'està-dire en sentant Dieu en nous y et en éprouvant pour ainsi dire ses effets dans notre cœur.
Mais Jésus se crut-il inspiré en dehors de l'humanité, indépendamment de l'humanité? J'en-
ici sur les mots , mais d^une manière profonde , comme cela lui arrive en vingt autres endroits des Évangiles. Les Juifs lui demandent des œuvres matérielles , éi lui objectent Moïse , qui avait obtenu de Dieu , pour nourrir les Hébreux affamés dans le désert , la manne , qu'ils appellent le pain du ciel. En appelant ainsi la manne , ils prennent le mot bébreu AOUR dans le sens à! atmosphère^ d'air, de ciel, entendu comme quand nous disons : le ciel est beau^ le beau ciel, etc. C'est en effet là une dessigni* fications de ce mot ( Voy. plusbaut p. 84a, noie). Mais Jésus leur répond en prenant ce même mot d'AotiR dans son acception originelle de lumière , ei il entend celte lumière dans le sens mélaphysiqtte. Il leur dit donc : Ce que vous appelez le pain du ciel {aour) est un produit de Tair, un phénomène atmosphérique ; ce n'est pas le pain du véritable ciel ( aour). Mais aujourd'hui mon Père ( c'est-à-dire le Père de tous ) vous envoie la vraie manne. Je suis cette manne , je suis le pain de vie. Je viens d(i ciel , car je vous apporte la vraie doctrine de vie. Je me sens né pour donner la vie au monde , parce que je me sens inspiré de la doctrine qui , étant l'expression de ia vie , la loi de la vie , peut donner la vie. Voilà le ciel dont Jésus parle en ce passage . et dont il se dit venu ; il fait ici le même emploi du mot Aona , ciel ^ que quand il dit ailleurs : « Le baptême de « Jean venait-il du ciel ou des hommes?» c'est-à-dire, venait-il de Dieu, était-il inspiré par la lumière céleste , que l'Être immanent dans toutes ses créatures communique à des degrés divers à ces créatures? Et Jésus a raison. Le véritable ciel , en effet , c'est Dieu , c'est l'Être , c'est l'Être infini , invisible , tout-puissant , immanent dans le monde , et qui n'occupe pourtant aucun lieu ni dans l'espace ni dans le temps. Sa volonté, vo là le ciel. Le ciel , c'est la vie. Comprendre la volonté de l'auteur de la vie , c'est venir du ciel , c'est être du ciel , 1 1 c'est avoir le ciel.
()4o DE LUUMAHITÉ.
tends : Crut-il apporter aux hommes une doctrine essentiellement nouvelle, dont rhumanité antérieure ne fut en possession ni en £siit, ni virtudlement ou en germe ? Et j'entends aussi : Cette doctrine ou révélation qu'il apporta. concernaitelle rhumanité, la vie humaine, l'existence du genre humain sur la terre ; on était-ce une révélation de ce qu'on appelle ordinairement le ciel? Apporta-t-il aux hommes des lumières quelconques sur ce ciel imaginaire, sur ce paradis imaginaire 9 sur cet enfer imaginaire, sur ce purgatoire imaginaire, et sur tous ces autres imaginaires qui ont défrayé ensuite le Christianisme, principalement pendant Fépoque qu'on appelle Catholicisme.
Jésus ne croyait pas apporter aux hommes une doctrine absolument nouvelle; car continuellement il se réfère à Moïse et aux Prophètes. U dit et il répète qu'il vient les expliquer et les développer. Il n'attaque jamais, en aucun endroit, la plus élevée des trois deutéroses du Mosaïsme , savoir la doctrine essénienne; et en fait il est indubitable qu'il était Essénien. Il institue deux sacrements fondamentaux de sa Loi Nouvelle, le Baptême et l'Eucharistie ; et ces deux rits sont les rits esséniens (i). La signification qu'il donne à
(i) Voy. De i E<^nli!Cf deuxième partie.