LITRE SIXIÈME
son essence métaphysique , et elle était par conséquent latente dans la législation donnée par Moïse. Elle avait besoin d'explicitation. Un jour viendrait où , sortant de ses voiles , elle pénétrerait dans nos âmes, serait perçue dans nos intelligences, s'incarnerait en nous, deviendrait nous, et nous animerait. Le Verbe de Dieu , ou la Pensée divine, après avoir été comme prisonnière sous Tenveloppe de la loi de Moïse , nous apparaîtrait donc , non plus sous des voiles , mais dans son essence ; et alors s'accomplirait en nous cette vision de la Vérité dont parle Platon , vision qui s'appelle, suivant qu'on considère la lumière de Dieu ou la créature qui en est éclairée , soit Science et Vérité, soit Grâce. Voilà ce que veut dire S. Jean; nousl'avonsdéjàprouvé plus haut. 11 considèredonc la doctrine de Jésus comme identique au fond avec celle de Moïse; et Jésus, suivant lui, n'a été nouveau que parce qu'il a donné à cette Doctrine une explicitation qui l'a rendue toute nouvelle.
Et maintenant quelle est cette doctrine ?
Jésus l'explique lui-même fort au long dans S. Jean. C'est la doctrine de I'dnité. Faut-il citer encore ici la prière où Jésus, après sa dernière Pâque, dévoile, avant de mourir, tout le sens de son sacrifice? Oui; ces paroles sont si fortes, si claires , tellement probantes , qu'il est bon que nous les répétions encore ici , quoique nous les
9^4 i>E l'hdma.nité.
ayons déjà transcrites : «Mon Père, l'heure est « venue, glorifie ton fils afin que ton fils te glo-
<« rifie Je t'ai glorifié sur la terre; j'ai achevé
« l'ouvrage que tu m'avais donné à faire Père
« Saint, garde en ton nom ceux que tu m'asdonnés,
<c afin qu'ils soient un comme nous Or, je ne
a prie pas seulement pour eux; mais je prie aussi « pour ceux qui croiront en moi par leur parole; « afin que tous ne soient qu'uw. Comme toi, ô Père, « tu es en moi , et que je suis en toi , qu'eux aussi « soient en nous , et que le monde croie que c'est « toi qui m'as envoyé. Je leur ai fait part de la i< lumière que tu m'as donnée, afin qu'ils soient « UN , comme nous sommes un. Je suis en eux , et ec tu es en moi, afin qu'ils soient perfectionnés dans
<C l'uNITÉ (l). »
Telle est donc sa doctrine,- dont son sacrifice, c'est-à-dire son corps et son sang partagés sans dii^ision entre les hommes dans le repas eucharistique , n'est que l'expression symbolique.
Et supposez cette doctrine vivante dans les hommes qui participent à ce repas symbolique, n'est-il pas évident que ce repas symbolique est plus qu'un symbole , et qu'en effet la Pensée divine , ou le Verbe de Dieu , ou Dieu , étant ainsi dans ces hommes , la Pâque de Moïse se trouve
(i) s. Jean , ch. XVII , v. i à a3.