LIVRE SIXIJ':MR. C
transformée en un banquet spirituel où le Dieu éternellement vivant assiste au fond des cœurs, et où Jésus j inspiré de Fesprit divin , est en effet la victime du repas, la chair qu'on mange et le sang qu'on boit? Car si Horace , par exemple , ou tel autre poëte , a pu dire en parlant de son œuvre, et avec vérité: Je ne mourrai pas tout entier. Une partie de moi^ lesprit qui manime^ ou même la simple manifestation actuelle de cet esprit^ me survivra et évitera la Parque, Ceux qui me liront participewnt à mon cime^ et vivront de ma vie :
Non omnis moriar, mullaque pars mel Vitabil T jbitinaiu ;
si, dis-je, tout homme qui s'est senti, à divers titres, éclairé du principe divin de la vie, a pu dire cela , à plus forte raison celui qui s'était identifié avec la doctrine même de la vie , et qui regardait comme sa mission de mourir pour cette doctrine et de l'instituer par sa mort, devenue ainsi sa vie. Jésus avait des témoins qui ne lui feraient pas défaut , des témoins immortels de cette immortalité glorieuse et efficace qu'il se promettait, quand il disait à ses disciples: Prenez j ceci est mon corps j et ceci est mon sang; il avait , dis-je , pour témoins et cette Pâque instituée depuis tant de siècles, repas égalitaire immortel qu'il explicitait, et ce gibet qu'il voyait s'élever pour lui sur le I. 60
()4G DE l'humanité.
Golgotha , parce qu'il avait prêché V unité aux hommes 9 et surtout ce Dieu un auteur de cette doctrine, essence de ces symboles, cause de cette Pâque , cause de son propre sacrifice , ce Dieu en qui il sentait que tous nous vivons et communiquons à travers les siècles.
Il n'y a pas d'autre profondeur dans ce que les Chrétiens ont appelé le plus redoutable des mystères. Mais cela même est toute profondeur.
Jésus l'explique encore , cette doctrine , d'une façon plus concise , dans S. Matthieu et dans les autres Évangélistes , quand il réduit la religion à cette formule : Tu aimeras Dieu de tout ton cœur et ton prochain comme toi-même, et qu'il ajoute : Le second commandement est adéquat au premier : « Et un Pharisien qui était docteur de « la Loi l'interrogea pour l'éprouver, et lui dit : « Maître , quel est le plus grand commandement « de la loi? Jésus lui dit: Tu aimeras le Seigneur « ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, a et de toute ta pensée. C esl là le premier et le a grand commandement. Et voici le second qui • LUI EST ADÉQUAT ( AfiuTepa ^£ ojjLoia aùxTj ) : Tu ai- » meras ton prochain comme toi-même. Toute la ce Loi et les Prophètes se rapportent à ces deux « commandements ( i ). »
(t) s. MaUhieu cli. XX.II , v. 35-4o.