‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 189 sur 216 · LIVRE SIXIRME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIRME

E^t-il possible de mieux expliquer sa doctrine [ue par cette identité qu'il voit entre aimer son Prochain comme soi^-même et aimer Dieu. Quoil ésus fait de ce précepte d aimer son pmchain Oinme soi^même^ non pas un précepte secondaire, aais un précepte égal au premier; ou plutôt il léclare que l'un de ces préceptes est identique ivec l'autre, ou adéquat à l'autre!

Mais par qui donc vivons-nous, je le demande, iixion par Dieu? Et, cela étant, comment aimer ^humanité peut-il être un précepte adéquat à limer Dieu?

Il y a évidemment au fond de la pensée de Jésus ceci de sous-entendu : Vous vivez par Dieu , mais comment vivez-vous par Dieu? Vous ne vivez pas seulement par Dieu ; vous vivez par Dieu dans l'humanité^ ou par l'humanité en Dieu. Dieu l'a ainsi voulu ; Dieu n'a pas créé des hommes , il a créé l'homme ; et la vie de chaque homme est divinement et éternellement liée à la vie de l'humanité.

Je défie qu'on explique autrement cette identité que Jésus découvre entre ces deux préceptes di aimer Dieu de toute son cimCj et iV aimer son prochain comme soi-même.

Au surplus il y a une autre preuve encore que tel est le sens de ces fameux versets. C'est le rapprochement qu'il faut faire de ce passage dans S. Matthieu avec ce qui le précède et le suit. Je ne crains

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pas de dire que toute la philosophie du Christ se trouve concentrée et résumée dans ce xxii® chapitre de S. Matthieu, où Jésus, attaqué successivement par les Hérodiens , les Saducéens , et les Pharisiens, répond, et met à son tour sa doctrine en face de la leur.

Je ne sache point qu'on ait encore véritablement expliqué ce chapitre, c'est-à-dire qu'on en ait atteint le sens dans sa profondeur, ni qu'on ait montré ou même remarqué la suite et lenchaînement des différents points qui le composent.

Parmi les contradicteurs de Jésus, les Hérodieos viennent les premiers, et lui demandent s'il faut payer le tribut à César. I^ question politique du moment a pris leur âme tout entière; ils sont tout au présent, à la forme actuelle du monde. Jésus les appelle hypocrites; car il voit le piège qu'ils lui tendent; il comprend qu'ils veulent écraser Y idéal par la réalité , le/ond par \a forme ^ la i^ie par le fait. Il leur jette cette l'éponse, dont on a tant abusé pour continuer d'écraser Y idéal par la réalité^ \e fond par la forme, la vie par le fait; cette réponse, dis-je, sur laquelle on a, si contrairement à l'idée du Christ, établi l'absurde distinction du temporel et du spirituel : « Montrez- M moi la monnaie dont on paie le tribut? Et ils lui « présentèrent un denier. Et il leur dit : De qui « est cette image et cette inscription? Et ils lui

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c dirent : De César. Alors il leur dit : Rendez « donc à César ce qui appartient à César, et à Dieu « ce qui appartient à Dieu. » C'est évidemment une fin de non-recevôir opposée à ceux qui sont tout au présent, et qui n'ont, dans leur âme, d'œil que pour le présent. Jésus ne les regarde pas comme dignes qu'il s'explique avec eux. Il élimine leurs objections par cette réponse si peu comprise. Ils ont voulu l'embarrasser au nom de César avec une pièce de monnaie : Il donne à César tout l'or de la terre ; il se réserve le secours de Dieu. Il est venu, lui, pour changer ce présent qu'on lui oppose, pour le changer par l'idéal; il est venu pour soumettre ce présenta l'idéal, pour amener l'avenir; il sait que son royaume VLest pas encore de ce temps (comme il le dit dans S. Jean), mais que son royaume viendra. Que César donc continue à percevoir son tribut, qu'il recueille cet or ou ce cuivre sur lequel il a mis sa marque: mais si les hommes savent rendre à Dieu ce qui est à Dieu , l'idéal viendra sur la terre ; et ce présent tyrannique, avec lequel on prétend empêcher l'avenir de naître, est dès à présent dévoué à la mort et au néant.

Mais voici, après les Hérodiens, d'autres sectes qui entendent au moins le problème religieux , le problème philosophique, le problème de la vie. Ce sont les Saducéens et les Pharisiens. Et d'abord

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les Saducéens lui nient également Vai^rnir, en lui objectant aussi le présent^ mais d'une façon plus profonde que n'avaient fait les Hérodiens. Ils lui opposent l'hypothèse de la femme aux sept maris, et lui demandent quel sera le mari de cette femme dans la résurrection. J'ai cité plus haut la réponse de Jésus, et j'en ai expliqué le sens. Jésus leur répond que, suivant l'Écriture, Dieu est le Dieu des vivants et non pas des morts , et il leur prouve que les formes passées de l'être particulier n'empêchent pas cet être de revivre sous une forme nouvelle. Cette réponse, comme je l'ai montré, est profondément empreinte de la doctrine mosaïque, c'est-à-dire de la doctrine que les vivants actuels sont les morts d'autrefois, ressuscites par la puissance divine. Ainsi le lien entre l'homme et l'humanité est le fond de cette réponse. La vie future^ dans sa /orme, reste un mystère de la puissance de Dieu, un attribut de cette puissance; mais la vie présente , ou la vie passée , ne sont pas pour cela capables d'obscurcir ou du moins d'anéantir l'idée que cette vie future sortira de cette vie passée ou de cette vie présente ^ sous des formes nouvelles, c'est-à-dire sous l'apparence d'une nouvelle vie présente ( car la vie est toujours présente ), par la grâce et la toute-puissance de Dieu, qui est le Dieu des vissants et non des morts. Voilà donc \a\^enir défendu contre les

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