LIVRE SIXIÈME. 5l I
On sait que chez les Juifs , la lecture de la Ge-
nèse était défendue avant l'âge de vingt-cinq ans, parce qu'avant cet âge on était supposé ne pas pouvoir comprendre la science contenue dans ce livre sacré. Les Saducéens s'efforçaient, il est vrai, de prendre le texte à la lettre ; mais les sectes qui adoptaient une interprétation orale, telles que les Pharisiens et les Esséniens, se gardaient bien de s'arrêter au sens vulgaire. Ils expliquaient le Sepher allégoriquement , c'est-à-dire métaphysiquement. On sait aussi que, dans les premiers siècles du Christianisme, ces explications allégoriques de la Genèse causèrent entre les Juifs, les Chrétiens , et les différentes sectes gnostiques, manichéennes, et autres , une multitude de querelles et de controverses. Mais presque toutes ces sectes convenaient que le récit moïsiaque était mythique et symbolique.
S. Augustin reconnaît qu'il n'y a pas moyen de conserver le sens littéral des trois premiers chapitres de la Genèse « sans blesser la piété, « et sans attribuer à Dieu des choses indignes «de lui(i). » Origène avoue que « si l'on prend « l'histoire de la création dans le sens litté- «ral, elle est absurde et contradictoire;» il plaint « les ignorants qui, séduits par la lettre
• (i) Conir, Faust., Hb. XXXII, c. lo,- De Gènes, contr. Manich. , lib. II , c a.
l'A DE L HUMANITE.
« de la Bible, attribuent à Dieu des sentiments « et des actions qu'on ne voudrait pas attribuer «au plus injuste et au plus barbare de /tous les « hommes (i). »
Dans ces derniers temps , Fabre d'Olivet a poussé beaucoup plus loin encore l'idée, évidemment vraie d'ailleurs, que la Genèse de Moïse n'est qu'une expression symbolique, et ne doit pas être prise dans un sens purement littéral. Mais ce savant n'a pas entendu la chose comme tout le monde, et c'est par une route à lui qu'il a essayé de retrouver le vrai sens de ce monument. Considérant que près de six siècles avant Jésus-Christ les Hébreux, devenus des Juifs, ne parlaient ni n'entendaient plus leur langue originelle, il a nié absolument la valeur de l'hébreu tel qu'on le connaît aujourd'hui, et il a entrepris de restaurer une langue perdue, selon lui, depuis vingt-cinq siècles. Son système ne manque assurément ni de solidité ni de grandeur. Il pose d'abord en fait que l'hébreu renfermé dans le Sépher de Moïse est le pur idiome des antiques Égyptiens , lequel aurait eu d'ailleiu's le plus grand rapport avec le phénicien. Il n'a pas trop de peine à rendre cette opinion assez vraisemblable, puisque les Hébreux, selon la Genèse même, sont restés quatre cent trente ans en
(i) Philocai., p. 6, 7, 11.