LIVRE SIXIÈME. 98 I
la vie future à ces termes : Unité du genre hu-main.
En bien et en mal, c'est au point de vue de l'individualité que lès philosophes grecs s'occupent de la vie future ; la question des peines et des récompenses individuelles les sollicite avant tout et les dirige.
Ils sont préoccupés uniquement de la mesure de récompense ou de peine qu'aura chaque homme individuellement : le lien entre les hommes leur échappe. Ils ne connaissent pas l'humanité ; ils ne connaissent pas l'unité humaine.
Et néanmoins que nous ont-ils dit ?
Que Dieu est la source commune de (ous les êtres; que tous les êtres émanent de lui, et sont de sa substance en tant que vie; qu'il est la vie absolue ^ et qu'il est encore la vie par émanation ; qu'en lui donc tous les êtres vivent éternellement ; que la mort n'est qu'un retour à l'état virtuel , à l'état latent, un retour à Dieu, retour qui sera suivi de manifestations nouvelles, en rapport avec les manifestations actuelles de l'être.
Et lorsque nous les avons pressés davantage, lorsque nous leur avons demandé ce qu'ils supposaient de ces manifestations futures,
Virgile, au nom de tous, a répondu que la mort n'a pour but que d'effacer par l'oubli la forme d'une existence dans rhumanité, afin de
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donner lieu k une autre existence dans Thumanité. Il nous a peint TÉlysée comme le passage entre une vie et une autre vie , entre le moment où un homme meurt et le nioment où cet homme renaît sous la forme d'un enfant, entre une tombe et un berceau. L'Elysée, poétique chimère pour exprimer Tétat latent, l'état d'invisibilité et de nonmanifestation où sont les morts en attendant que Pieu, rÊtreiniini, l'Etre des êtres, qui lesfaisait vivre pendant la vie , et qui après la mort les £aiit subsister invisibles , les fasse de nouveau revivre ; l'Elysée, ce lieu de t invisible j ce royaume du vide^ aboutit au fleuve Lé thé, après lequel reparait la nature, Ta vie, la réalité, la terre.
Et nous avons prouvé que Virgile, dans cette réponse, a réellement résumé toute la philosophie * de son maître Platon , en la débarrassant de ses contradictions et de ses inconséquences. On a vu, en effet, que le point de départ de tout le Platonisme sur la vie future est cet axiome : Que la vie actuelle de la nature et des êtres qui y sont renfermés n'est explicable que par la vie antérieure, non pas d'autres êtres, mais de ces mêmes êtres , qui se sont reproduits et se reproduiront éternellement sous des formes toujours nouvelles, en sorte qu'ils auront l'air d'êtres nouveaux , bien qu'ils aieiit déjà vécu et toujours vécu. Voilà l'axiome d'où Platon part, et qu'il n'a pas, malgré tous ses efforts, dépassé.