LIVRE SIXIÈME
S'il avait eu la force ou la sagesse d'ajouter que ces êtres, toujours les mêmes et toujours nouveaux, renaissaient selon leur espèce, il aurait dit ce que dit Virgile son disciple, et il n'aurait pas embrassé tour à tour tant de chimériques hypothèses, auxquelles, comme nous l'avons vu, il a fini lui-même par renoncer.
Mais, partis de l'individualité, les philosophes grecs , éveillés tout à coup en Dieu par les leçons des métaphysiciens de l'Orient, n'ont connu que ces deux termes , les indmdus et Dieu.
Entre ces deux termes, sans lien entre eux, il y avait l'abîme. On pouvait faire naufrage en Dieu, on pouvait faire naufrage dans la métempsychose fataliste la plus grossière.
Platon a donné dans ces deux écueils; et en général c'est le caractère de toute la philosophie grecque d'avoir saisi la plus grande individualité possible et la plus grande unité, mais sans intermédiaire.
Faute donc d'avoir suffisamment l'idée des espèces, les philosophes grecs n'avaient pas de lien pour unir à Dieu les individus , les créatures ; et, faute de ce lien , ils devaient souvent passer d'une erreur à une autre, tantôt absorbant les créatures en Dieu, tantôt, au contraire, maintenant d'une façon absolue et indépendante les créatures, et leur attribuant ainsi, en tant que créatures, une vie éternelle.
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C'est en effet là^comme nous TavcHis vu, la double erreur de la philosophie grecque.
On a pu accuser tous les philosophes grecs d avoir enseigné la refîision des âmes dans l'Ame Universelle. On a pu aussi les accuser d'avoir conçu la vie étemelle comme provenant uniquement d'une sorte de métempsychose fatale et pour ainsi dire toute physique.
Néanmoins nous croyons avoir démontré que ni Platon, ni Py thagore, n'ont enseigné fondamentalement ni l'absorption en Dieu ni la métempsy* chose indéterminée, mais que fondamentalement ils ont enseigné la renaissance dans l'humanité.
Le plus parfait et le plus explicite monument de toute la philosophie grecque sur cette question souveraine, ce sont, à notre avis, les quelques lignes d'Apollonius que nous avons citées. Mais Apollonius, qu'on pourrait appeler le dernier grand philosophe grec, a encore le défaut des Grecs. Il ne connaît que l'Etre Universel et les êtres particuliers.
Or l'être particulier ne vit-il que par l'Être Universel? Entre l'être particulier et l'Etre Universel n'y a-l-il pas un lien, un intermédiaire, un être qui soit pins que l'être particulier, moins que l'Être Universel , et par lequel s'établit leur rapport.
Dieu est l'océan de vie, dit le disciple de Pythagore et des Védas, cequi n'empêche pas que chaque être ne soit lui-même un vase éternel de vie.