LIVRE SIXIÈME. 5l
Egypte. Cet idiome donc, ainsi séparé d'une langue parvenue à sa plus haute perfection , entièrement composé d'expressions universelles ^ intelligibles , abstraites, serait tombé, entre les mains d'un peuple ignorant et grossier comme les Juifs, de dégénérescence en dégénérescence, et de restriction en restric*tion, jusqu'à ses éléments les plus matériels: tout ce qui était esprit y serait devenu corps; tout ce qui était intelligible y serait devenu sensible ; tout ce qui était universel y serait devenu particulier. C'est ainsi que le sens littéral se serait trouvé complètement perverti et transfiguré, soit dans les anciens targums ou versions juives ^ soit dans la version samaritaine , soit plus tard encore dans la version grecque des Septante, et enfin dans la version bien plus moderne de S. Jérôme, devenue la Vulgate. Avec uti courage qu'on ne saurait trop admirer, Fabre d'Olivet essaya donc de restituer la langue hébraïque dans ses principes originels , et il donna une traduction nouvelle des dix premiers chapitres du Sépher,
Quand on lit cette traduction, si différente des versions vulgaires, on est étonné de la profondeur et de la suite des idées que Fabre d'Olivet découvre dans ce texte ; et on se demande si une pareille conséquence dans les idées n'est pas une démonstration en faveur de la clé que Fabre d'Olivet crut avoir trouvée. Je laisse de côté, I. 33
f)l/| DE l'humanité.
bien entendu, les conséquences définitives qu'il prétendit tirer de son étude du texte, et l'interprétation générale qu'il donna du sens philosophique de la Genèse. On conçoit, en effet, qu'il puisse avoir raison sur la valeur des radicaux et sur leur portée métaphysique, que par conséquent il fournisse d'excellentes inductions sur le sens profond du texte, et que néanmoins il tombe dans de véritables rêveries, lorsqu'il s'agit de l'interprétation philosophique des idées ou des faits rapportés dans ce texte. Égaré qu'il était dans le dédale de certaines idées théurgiques, Fabre d'Olivet finit par ne voir dans la Genèse qu'une sorte de livre d'alchimie. Le sens métaphysique que l'étude des radicaux lui faisait découvrir dans le texte l'emporta par delà toute vérité. Au lieu de l'humanité, dont il est question bien évidemment dans ce livre, il ne vit plus^ à la fin, que des principes, des forces^ une sorte de système général de cosmogonie et de physique , un livre comme en pourrait écrire un physicien d'aujourd'hui qui voudrait expliquer le système du monde. Il dépassa le but, et la crainte de rester trop en deçà de la vérité l'entraîna beaucoup au delà. Mais son noble travail ne me paraît pas sans fruit , malgré tant d'erreurs. On peut laisser de côté l'explication finale qu'il donne ou plutôt qu'il cherche dans son laborieux commentaire, et qui ^ par mille raisons,