LIVRE SIXIKME. 9C
sans anarchie fondamentale de l'esprit humain. Si l'Évangile est, à certains égards, divin, c'est-àdire s'il est réellement la manifestation de Dieu dans l'humanité à une certaine époque, rien jusqu'ici n'a pu échapper à cet Évangile. J'entends que les dix-huit siècles écoulés doivent être le développement de cet Evangile, et non pas se composer de cet Évangile d'une part, et d'une antithèse à cet Évangile de l'autre. Autrement la négation vaudrait l'affirmation, l'Anti- Évangile vaudrait l'Évangile ; et, sur la ruine de l'un par l'autre , il ne resterait que le néant.
Nous prouverons, je l'espère, que toute l'ère philosophique moderne n'a été que Vexplicitation de plus en plus grande de la vérité divine qui était an fond duMosaïsme et au fond du Christianisme, la vie en Dieu par Adam ou par /'humanité. Nous prouverons que les plus grands destructeurs de la forme où cette vérité s'était enfermée dans le Mosaïsme, et ensuite dans le Christianisme, n'ont vraiment atteint et percé de leurs coups que cette forme, c'est-à-dire dans un certain sens le Mosaïsme et le Christianisme, mais nullement la vérité cachée dans le sein de ces religions.
La religion dure donc et persiste sur toutes les ruines, appelant seulement aujourd'hui des yeux pénétrants j)our la voir, et des cœurs fidèles pour la servir.
9()/| t>E l'humanité.
La forme erronée dn Christianisme a tenu à une chose. C'est que le temps n'était pas venu où la pensée divine qui inspirait Jésus pouvait être comprise sans forme idolâtrique, Jésus lui-même, si nous nous en rapportons aux Évangiles et à toute la tradition, ne put s'empêcher d'y joindre l'idée fausse du résurrectiorùsme ou de la palingénésie entendue comme un miracle , comme un renversement de l'ordre de la nature, de l'ordre de la création continue et successive. Il fut sollicité , excité , poussé à l'extase par la prédication de Jean-Baptiste. Il se crut le Messie dans le sens où l'entendait la tradition populaire des Juifs ; et, après sa mort , ses disciples le crurent encore ce Messie, et l'attendirent de nouveau comme ce Messie. Ensuite les Platoniciens, étant venus se joindre à eux, servirent, il est vrai, à donner un sens idéaliste à la mission de Jésus; mais, tombant également dans l'idolâtrie , ils firent du Roi palingénésique des Juifs, et du Fils de Dieu, entendu en ce sens , le Fils de Dieu entendu dans le sens de Verhe. L'idolâtrie revint donc, par une autre voie, quand des Juifs l'Évangile passa aux Grecs.
Il en résulta une synthèse, il est vrai, mais une synthèse si incomplète, que le Mosaïsme, d'un