LIVRE SIXIÈME. I OO i
même ou son propre moi devant lui. Suivant donc qu'il se conduit avec ce non-moiy qui le reflète et dans lequel il se reflète, sa vie se développe ou s'atrophie , se perfectionne ou se vicie. Il ne peut être méchant sans se nuire à lui-même.
Les Chrétiens, pour s'encourager à l'aumône et à la charité, ont coutume de faire cette réflexion, que l'infortuné qui a recours à eux pourrait être leur Sauveur. « Il est possible, disent-ils, que ce pauvre soit Jésus-Ghrist. » Il faut aller plus loin que les Chrétiens; il faut nous dire : « Cet homme notre semblable, c'est nous-même. »Tous tant que vous êtes, hommes, vous êtes cela; et, chacun de vous étant cela, chacun n'a en lui que la moitié de sa vie pour ainsi dire, l'autre moitié étant dans son objet nécessaire , c'est-à-dire dans l'humanité. Et ayant ainsi la moitié de sa vie dans Thumanité, il se trouve n'avoir pas même cette moitié , s'il isole son bonheur du bonheur deThumanilé. Caria vie, ainsi divisée, par la volonté du Créateur, dans rhomme sujet et dans l'homme objet, est au fond indivise; tellement que là où il n'y a que la moitié de la vie, c'est-à-dire le sujet sans Tobjet, le sujet non uni à son objet nécessaire, il n'y a pas la vie, il n'y a rien.
Voilà , suivant nous , la réponse qu'il faut faire,