LIVRE SIXIÈMF. 5îl
fonde, s'aidant des connaissances qu'on avait alors en géologie et dans les sciences naturelles, a engendré ce mythe. En voici, suivant moi, toute la suite.
Une fois que Moïse, ou Fauteur, quel qu'il soit, de la Genèse jSi donné à l'homme, à l'être générique homme , sa place dans l'échelle des êtres, en montrant après quelles successions de créations l'humanité a paru sur la terre, il continue l'histoire de cet homme-'humamté j en signalant les modifications qui, suivant lui, sont arrivées à cette espèce, ou à cet être. C'est ce que l'on prend vulgairement pour l'histoire d'Adam.
Suivant lui, donc, cette humanité, c'est-à-dire cet homme-humanité, émana d'abord de la pensée divine homme et femme à la fois, réunissant dans son unité les deux principes : « Dieu dit : Faisons « l'homme à notre image, selon notre ressemblance, « et qu'il domine sur toute la terre. Dieu donc « créa l'homme à son image; il le créa à l'image « de Dieu : il les créai mâle et femelle (i). » Voilà l'homme androgyne, comme le sont encore certains êtres. La Bible ajoute : ic Et Dieu les bénit , tf et leur dit : Croissez et multipliez, et remplissez a la terre, et l'assujettissez (a). » Le sixième jour ou la sixième époque de la création se termine là.
(i) Vulgate, ch. I, v. a6-a7< (a) Vulgate, cb. I, v. 38.
5a6 DE l'humanité.
Dieu alors cesse d'être créateur, et rentre dans son repos, au septième jour. Ainsi, suivant Moïse, l'espèce humaine, ou Fhomme, fut d'abord androgyne. Platon , qui puisa aussi aux sources ^yptiennes, dit précisément la même chose.
Combien de siècles dura cet être ou plutôt cette humanité androgyne? La Genèse, qui embrasse des périodes incalculables de siècles sous le nom de jours, ne s'arrête pas à ce détail. Quoi qu'il en soit, dans ce monde ainsi créé, et composé d'espèces se reproduisant et par conséquent immortelles , en d'autres termes d'êtres toujours les mêmes quoique toujours nouveaux. Dieu donne à l'homme pour demeure un lieu particulier, l'Éden. L'homme est alors heureux, mais heureux comme peuvent l'être les animaux ; heureux d'une vie qui n'est pas réfléchie, qui émane directement et uniquement de la Vie Universelle. Complet en luimême puisqu'il réunit les deux sexes , se reproduisant comme certains végétaux et certains mollusques, et placé au milieu d'une nature sur laquelle Dieu lui avait donné la supériorité, en le créant homme, il réunissait ainsi, sans peine, sans travail j les deux faces ou aspects de la vie, le moi et le non-moi. Il y avait entre ces deux faces de la vie, une identité complète, absolue, naturelle, innée pour ainsi dire, faite par Dieu, non pas acquise par l'homme. C'était le bonheur, mais c'était