LIVRE SIXIÈME
le bonheur sans la connaissance , le bonheur qui ne se sait pas et ne se pçnse pas lui-même. Tel est le Paradis ou Eden primitif, le paradis terrestre , lage d'or placé derrière nous. C'est la vie naturelle de l'homme, déjà créé, mais non achevé. Et cet homme ainsi fait est réellement immortel ; car il se reproduit comme les plantes , sans remarquer même ses métempsychoses. Il jouit d'une vie perpétuelle, comme le polype. Aussi, tant que dure cet état d'androgyne pour l'espèce humaine, il n'y a ni traçaily ni mortj pour cette espèce; mais il n y a pas non plus connaissance. L'homme est un être purement obéissant à l'Être Universel dont il est émané. La désobéissance va venir ; le travail^ la mort vont venir, avec la connaissance^ C'est le sujet du second acte, si je puis parler ainsi, de ce drame d'Adam.
Cette explication ne ressort-elle pas évidemment, je le demande, de ces paroles mêmes du chapitre II , où il s'agit encore de l'humanité androgyne, de l'humanité heureuse, mais enfermée dans le cercle dii^in ; car c'est le sens primitif du mot qu'on a traduit par Paradis ou par Eden ( i) : « L'É- « temel Dieu prit donc l'homme, et le plaça dans le « paradis pour le cultiver. Puis l'Étemel Dieu com- « manda à l'homme, disant : Tu mangeras libre-
(i) Voy. la Dole sur ce mot dans Touvrage de Fabre d'Olivet, tom. II,
pag. 75.
5a8 DE l'humanité.
«f ment de tout arbre du jardin. Toutefois, pour ce « qui est de l'arbre de la connaissance du bien et « du mal, tu n'en m.mgeras pas. Car au jour que <t tu en mangeras, tu mourras de mort ( i ). » ' N'est-il pas évident que cette mort qae Dieu annonce à Adam proviendra de la nourriture même qu'il aura prise , qu'elle sera le résultat , le fruil pour ainsi dire de l'arbre de science ? Ce n'est donc pas une menace positivement que Dieu fait à l'humanité; c'est un avis qu'il lui donne. Adam ou l'humanité ne sera pas miraculeusement changé par Dieu , parce qu'il aura mangé du fruit défendu. Il restera toujours le même Adam; car la création est terminée , nous avons passé le septième jour. Mais Dieu pronostique à Adam que s'il quitte l'état où il l'a mis, l'état de non-connaissance , s'il vient ksavoir^ à connaît! e^ à goûter An fruit de Varbi^ de la connaissance du bien et du malj par là même ( et indépendamment de la genèse ou création qui, je le répète, est terminée ) il se passera en lui un tel changement, qu'// mourra. Cette mort, donc, qui arrivera à Adam, ne sera pas un changement miraculeux ou génésiaque que Dieu opérera en lui. Adam était immortel par la reproduction ; il restera immortel par la reproduction. Seulement ayant goûté à la science, il connaîtra la mort, et c'est ainsi qu'*/ mourra.
(i) Vulgate, ch. U, vers. 15*17.