‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 28 sur 216 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

le bonheur sans la connaissance , le bonheur qui ne se sait pas et ne se pçnse pas lui-même. Tel est le Paradis ou Eden primitif, le paradis terrestre , lage d'or placé derrière nous. C'est la vie naturelle de l'homme, déjà créé, mais non achevé. Et cet homme ainsi fait est réellement immortel ; car il se reproduit comme les plantes , sans remarquer même ses métempsychoses. Il jouit d'une vie perpétuelle, comme le polype. Aussi, tant que dure cet état d'androgyne pour l'espèce humaine, il n'y a ni traçaily ni mortj pour cette espèce; mais il n y a pas non plus connaissance. L'homme est un être purement obéissant à l'Être Universel dont il est émané. La désobéissance va venir ; le travail^ la mort vont venir, avec la connaissance^ C'est le sujet du second acte, si je puis parler ainsi, de ce drame d'Adam.

Cette explication ne ressort-elle pas évidemment, je le demande, de ces paroles mêmes du chapitre II , où il s'agit encore de l'humanité androgyne, de l'humanité heureuse, mais enfermée dans le cercle dii^in ; car c'est le sens primitif du mot qu'on a traduit par Paradis ou par Eden ( i) : « L'É- « temel Dieu prit donc l'homme, et le plaça dans le « paradis pour le cultiver. Puis l'Étemel Dieu com- « manda à l'homme, disant : Tu mangeras libre-

(i) Voy. la Dole sur ce mot dans Touvrage de Fabre d'Olivet, tom. II,

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5a8 DE l'humanité.

«f ment de tout arbre du jardin. Toutefois, pour ce « qui est de l'arbre de la connaissance du bien et « du mal, tu n'en m.mgeras pas. Car au jour que <t tu en mangeras, tu mourras de mort ( i ). » ' N'est-il pas évident que cette mort qae Dieu annonce à Adam proviendra de la nourriture même qu'il aura prise , qu'elle sera le résultat , le fruil pour ainsi dire de l'arbre de science ? Ce n'est donc pas une menace positivement que Dieu fait à l'humanité; c'est un avis qu'il lui donne. Adam ou l'humanité ne sera pas miraculeusement changé par Dieu , parce qu'il aura mangé du fruit défendu. Il restera toujours le même Adam; car la création est terminée , nous avons passé le septième jour. Mais Dieu pronostique à Adam que s'il quitte l'état où il l'a mis, l'état de non-connaissance , s'il vient ksavoir^ à connaît! e^ à goûter An fruit de Varbi^ de la connaissance du bien et du malj par là même ( et indépendamment de la genèse ou création qui, je le répète, est terminée ) il se passera en lui un tel changement, qu'// mourra. Cette mort, donc, qui arrivera à Adam, ne sera pas un changement miraculeux ou génésiaque que Dieu opérera en lui. Adam était immortel par la reproduction ; il restera immortel par la reproduction. Seulement ayant goûté à la science, il connaîtra la mort, et c'est ainsi qu'*/ mourra.

(i) Vulgate, ch. U, vers. 15*17.

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