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Ce sens véritable de la prédiction ou menace que fait Dieu à Adam est marqué jusque dans la racine du mot hébreu qui exprime ce : Tu mourras, Fahre d'Olivet, se fondant sur ce radical, traduit : Tu passeras à un autre état.
C'est , en effet , un simple changement psychologique qui aura lieu , et non pas un changement génique ou génésiaque. Dieu ne menace ici que par prescience. Il sait que la connaissance fera sortir Adam de son état d'innocence et de bonheur; et il le dit à Adam.
La chute originelle de l'homme, comme on s'exprime aujourd'hui, n'a donc pas, dans la Genèse , par rapport à Dieu, le caractère absurde et vraiment criminel qu'on lui prête. Dieu , dans Moïse , n'est pas un Dieu injuste, qui fait à l'homme une défense pour avoir occasion de le punir. Nous avons vu qu'Origène et S. Augustin avaient bien le sentiment de cette vérité, quand ils disaient que « prendre à la lettre les premiers chapitres de la « Genèse^ c'était prêter à Dieu des sentiments et a une conduite que l'on attribuerait à peine au « plus méchant de tous les hommes. » Mais la lettre même ne présente pas ce sens, quand on la comprend bien.
La lettre ne dit pas autre chose , sinon qu'au lieu de vivre sans connaître la mort, Adam, étant sorti par la connaissance du cercle dii^in, vivra et î. 34
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sera immortel , mais connaîtra la mort. Il s'agit donc d'un changement qui sera provoqué par rhomme , et qui se passera dans l'homme. Créé d'abord dans une condition de tutelle comme celle qui enveloppe l'animalité , et enfermé dan^ im certain cercle, l'homme, en aspirant à la connaissance , sort de ce cercle divin où il était placé ; ses yeux s'éclairent, se dessillent, il connaît: mais à l'instant même la vie naturelle s'anéantit pour lui. Il a distingué, par la connaissance, le rfioi et le non-moi. Voilà son malheur ! Car cet éclair de la distinction au sein de la vie lui fait apparaître à la fois l'être et le non-etre, la vie et l'ombre de la vie, ou la mort, sous toutes ses faces. La douleur j le traî^aily la mort, remplissent donc le monde, et voilà la terre maudite.
Cette explication est si vraie, que ce n'est pas r humanité androgy ne qui a désobéi se]on la Genèse; ce n'est pas elle , pendant les périodes incalculables de sa durée, qui est sortie du cercle divin. Et en effet, comment aurait-elle fait pour cela? Le moi et le non-moi, dans leur plus grand attrait, et dans leur plus complète communion , coexistaient encore chez cette humanité androgyne, dans une indécomposable unité.
La désobéissance j ou la sortie de l'homme du cercle divin, est donc précédée, dans la Genèse j de la séparation des deux sexes : «Or l'Etemel
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« Dieu avait dit : Il n'est pas bon que Thomnie a soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui. a Car rÉtemel Dieu avait formé de la terre toutes « les bétes des champs et tous les oiseaux des « deux; puis il les avait fait venir vers Adam, afin « de voir comment il les nommerait , et pour que a le nom qu'Adam donnerait à tout être vivant fut « son nom. £t Adam donna les noms à tous les « animaux domestiques , et aux oiseaux des cieux, « et à toutes les bétes des champs. Mais il ne se ^( trouva pas d'aide pour Adam qui fut semblable « à lui. Et l'Éternel Dieu fit tomber un profond «sommeil sur Adam, et il s'endormit. Et Dieu « prit une de ses côtes, et il resserra la chair à la « place. Et l'Éternel Dieu forma une femme de la '( côte qu'il avait prise d' Adam , et la fit venir vers « Adam. Alors Adam dit : Cette fois, celle-ci est l'os « de mes os, et la chair de ma chair. On la nom- «mera femme {jdisha)^ car elle a été prise de «l'homme {jiish). C'est pourquoi l'homme lais- « sera son père et sa mère, et il se joindra à sa « femme , et ils seront une même chair. Or Adam « et sa femme étaient tous deux nus, et ils n'en « avaient point de honte (i). »
Il est nécessaire de remarquer que cette version de S. Jérôme est très-défectueuse relativement à la
(0 Vulgate , ch. H, v« iS-aS*
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côte que , suivant S. Jérôme , Dieu ôte à Adam |)endant son sommeil , et dont i] fait la femme. Il est bien connu qu'il n'y a rien de pareil dans l'hébreu. I^s rabbins ont toujours interprété ce passage en disant qu'il n'exprime que la séparation de l'homme androgyne en deux parties, c'est-àdire en deux sexes. Il est vrai que les uns, comme Maimonides (i), par exemple, ont cru que dans l'homme androgyne il y avait deux corps tout formés et développés, c'est-à-dire que le corps humain primitif était double, mâle et femelle, et que la création d'Eve ne fut que la division des deux corps ; tandis que d'autres ont supposé qu'il n'y avait qu'un seul corps, mais réunissant les deux sexes, comme dans les êtres anormaux que les médecins désignent sous le nom d'hermaphrodites, et qu'ainsi le texte de la Bible exprime que Dieu sépara du corps d'Adam l'organe du sexe féminin , ou plutôt le principe féminin , et en fit la femme. Mais, dans l'une comme dans l'autre supposition, Eve préexistait dans Adam , et il n'y a pas là de création véritable, mais seulement une séparation des deux principes de l'androgyne (sè).
(i) Bayle, art. Adam.
(a) Fabre d'OUvet traduit : « Et Lui-les-Dieux laissa tomber un som- « meil mystérieux et profond sur Adam ; et ayant rompu runilé de ses « enveloppes extérieures , il prit Tune d'elles , et revêtit de forme et de « beauté corporelle sa faiblesse originelle. » Suivant lui, le mot que saint Jérôme a rendu , en mauvais latin , par unam de costis , signifie ce qui
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Cette remarque faite , je demande si Ton ne voit pas le mythe se dessiner de plus en plus, et marcher à la conclusion, par la séparation que Dieu a ainsi faite des deux sexes. L'auteur de la Genèse ne dit pas pourquoi Dieu décomposa Adam, et en sépara Eve; seulement, après avoir rapporté l'avertissement donné par Dieu à l'homme de ne pas connaître s'il veut ne pas mourir^ il s'interrompt pour raconter cette détermination de l'Etre Suprême,
entoure t ce qui enveloppe. Dieu, selon cette version de Fabre d*01ivet, aurait donc pris, non pas une côte d'Adam , comme dit S. Jérôme , mais une des enveloppes ou peaux du corps d'Adam, à laquelle il aurait ensuite donné une base pour en faire Eve. Il me semble que cette version est presque aussi ridicule que celle de S. Jérôme. Le texte est pourtaut susceptible d'une interprétation bien simple. Il y a dans cette phrase , suivant Robert Etienne, un hébraïsme qu'il rend littéralement ainsi : tutit unam de lateribus ejus, ce qu'il paraphrase par : tuUt unam portionem de kteribus ejus. Mais cet hébraïsme, ou plutôt cette ellipse, que voit là Robert Etienne, existe-t-elle réellement ? Est-il nécessaire de sous-entendre quelque chose ? Dans la pensée de l'auteur de la Genèse, Eve préexiste dans l'àdani androgyne. Avec cette pensée, que doit donc dire cet auteur? Que des deux êtres qui étaient ainsi réunis dans l'unité androgyne, Dieu, ayant ouvert Tenveloppe des deux, tira l'un de ces êtres et le fit sortir ; et comme celui des deux principes que Dieu extrait ainsi est le principe femelle , il doit se servir du féminin : tuUt «/iâm(dans l'hébreu : ahath) de lateribus ejus. Aussi s. Jérôme traduit d'abord littéralement : tuUtunam ex costis et. Mais , faute de comprendre cette préexistence d'Eve, S. Jérôme , au verset suivant , a cru qu'il s'agissait de la création d'Eve ; et , retrouvant dans ce verset le flanc ou la côte d'Adam , parce que Dieu y répare l'ouverture faite au corps d'Adam , il a , par un contre-sens , fait fabriquer Eve avec cette rote. Le sens très-naturel et très-littéral de ces deux versets me parait être: « Dieu tira de ses flancs l'une (c'est-à-dire un des deux êtres de l'andro- « gyne , et l'être féminin) , et la revêtit de forme; et il répara l'enveloppe " qu'il avait rompue à Adam pour en tirer Aisha , et il mena elle à lui »
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qui 9 encore une fois, dans sa pensée et dans son récit y n'est pas une création nouvelle , mais seulement une modification de la création. Du reste, l'idée profonde du mythe est admirablement marquée dans les paroles d'Adam , quand il se retrouve dans Eve. Adam, dans toute la création étalée par Dieu devant lui , n'avait pas trouvé d'aide pour lui, qui fût semblable à lui. Lorsqu'il voit Eve, qui est lui et qui a été tirée de lui, qui est son moi et son non-moi par un inconcevable mystère , il sent commencer pour lui une existence nouvelle; car l'identité et la distinction lui sont révélées à la fois. Le voilà bien près de la science, bien près de la réflexion, lui que Dieu d'ailleurs a créé supérieur à tous les animaux, et qu'il a fait à son image, c'est-à-dire à qui il a donné le germe de la connaissance j tout en le laissant d'abord dans Y absorption par la Vie Universelle.
Aussi le chapitre suivant nous montre-t-il immédiatementce nouveau progrès qu'on appelle aujourd'hui la chute , et qui en effet fut accompagné de péché et de chute. Voici le récit dans la Vulgate : « Or le serpent était le plus fin de tous les animaux (c des champs que l'Éternel Dieu avait faits ; et il dit {i à la femme : Quoi ! Dieu aurait-il dit : Vous ne « mangerez point de tout arbre du jardin ? Et la ft femme répondit au serpent : Nous mangeons du (f fruit des arbres du jardin; mais quant au fruit