LIVRE SIXIÈME
ignorée des Juifs que la Bible le ferait croire. Vous voyez bien, s'écrie-t-il, que les Hébreux, dès avant la captivité, s'étaient posé le problème de l'immortalité de l'âme !
Salomon, ou l'auteur, quel qu'il soit, de VEcclésiaste^ conclut son chant de douleur sceptique par une exhortation épicurienne , dans le sens de la vraie doctrine d'Épicure. Il conseille aux jeunes gens de jouir de la vie, mais de ne pas s'y attacher follement, et de songer aux infirmités de la vieillesse et à ce jour fatal « où l'homme K va à sa maison étemelle , et où les pleureurs le « pleurent dans les rues et dans les places publi- « ques; » à ce jour « où la poudre retourne dans « la terre, telle qu'elle avait été avant notre vie, et « où le souffle qui nous animait retourne à Dieu, « qui nous l'avait donné { i ). » C'est la morale d'Horace. Bergier y voit l'immortalité de l'âme et la menace du jugement dernier!
Son plus fort argument est celui-ci : « Les Égyptf tiens, les Chananéens, les Chaldéens, les Perses, (c les Indiens, les Chinois, les Scythes , les Celtes , « les anciens Bretons, les Gaulois, les Grecs et les « Romains, les sauvages mêmes, ont cru de tout « temps à l'immortalité de l'âme, et l'on s'imagine-
(i j « Homo enim vadit ad domum suam perpetuam, et circuibunt in «platea lugenles. . . . Redeatque pulvis in terram qiialis fuit, et spiritus « redeat ad Deum , qui dédit illum. {Ibid. , c. xii.) »
474 OE l'huma^nité.
« rait que les Juifs ignoraient profondément cette « vérité (i)! »
Cela peut paraître étrange, en effet; mais il est certain néanmoins qu'on ne trouve aucune mention quelconque de cette vérité dans la Bible avant l'époque de la captivité, et qu'au contraire tout dans le Pentateuque et dans les autres ouvrages du Canon juif antérieurs à la captivité est directement contraire au dogme de la vie future, tel qu'on le comprend dans le Christianisme moderne.
Il y a eu sur ce point de fait, longtemps avant les remarques de Voltaire, une longue et importante controverse, dont il est nécessaire que j'indique en peu de mots les phases.
En 1 672, le savant Dodwell, professeur à Oxford, publia une Lettre sur la manière détudier la théologiey où il prétendait que « l'âme n'était ren- « due immortelle que par un esprit d'immortalité « que Dieu y joignait à l'égard de ceux qui étaient a dans son alliance. » Plus tard, en 1704 et 1706, il développa sa pensée dans deux ouvrages, dont le dernier parut sous ce titre : « Discours épistolaire, « où l'on prouve , par l'Écriture et par les premiers « Pères, que l'âme est un principe naturellement « mortel ; mais qu'il est actuellement rendu im- « mortel par la volonté de Dieu pour le punir ou
(1} Dictionnaire de Théologie , art. Ame.