LIVRE SIXIÈME. ^'jS
a le récompenser : immortalité qui lui est communi- « quée en vertu de son union avec l'Esprit divin qu'il « reçoit dans le baptême, et où l'on fait voir que « personne, depuis les Apôtres, n'a le pouvoir de ce donner ce divin esprit immortalisant, excepté er les évêques. » Cet ouvrage de Dodwell fit beaucoup de bruit : en effet , c'était établir l'immortalité de l'âme sur un fondement bien ruineux, que de la faire dépendre du pouvoir spirituel des évêques. Les esprits forts triomphèrent de voir un membre des plus illustres de l'Église anglicane réduit à soutenir que l'âme est un principe naturellement mortel, qui a besoin d'être uni à l'esprit divin pour participer à l'immortalité. Les théologiens les plus contraires aux idées épiscopales de Dodw^ell furent très-embarrassés de répondre. U était si évident que l'Ecriture juive ne connaît pas ce qu'on appelle aujourd'hui l'immortalité de l'âme, que Dodwell paraissait triompher par ce seul motif. Comment croire , en effet , que si les âmes des hommes étaient immortelles par ellesmêmes , Dieu n'aurait rien révélé aux Juifs de la vie future? Le sentiment de Dodwell expliquait à la fois deux points fort difficiles à justifier de toute autre façon : savoir, d'une part, la nécessité de la mission de Jésus, de sa Révélation, et de l'institution du baptême ; et, d'autre part, le silence absolu de Moïse sur la vie future, et son rejet absolu des
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opinions égyptiennes, indiennes, chaldéennes, ou persanes , sur Fâme. Aucune réponse théologique de quelque valeur ne fut faite à Dodwell. Ce fut Clarke qui le réfuta ; mais, au lieu de le suivre sur le terrain de la tradition et de la théologie, Clarke se retrancha prudemment dans une question de pure métaphysique, et prétendit donner une « dé- « monstration philosophique rigoureuse de l'im- « matérialité et, par suite, de l'immortalité natu- « relie de l'âme. » C'était mettre la Révélation dans un. autre embarras. Car si l'âme est naturellement immortelle , et que nous puissions naturellement aussi le savoir, à quoi bon la Révélation, et qu'est venu faire Jésus? De simples mortels, Hermès, Pythagore, Platon, Descartes, ou même Clarke au besoin, auraient pu suffire à notre salut et à notre rédemption.
Véritablement le Christianisme ne s'est jamais relevé de cette dernière controverse, qui venait après tant d'autres. Elle eut un grand éclat et une grande importance au dix-huitième siècle; mais ce fut l'incrédulité, ce fut Bayle, ce fut Voltaire, qui en recueillirent les fruits. L'incrédule CoUins répondit à Clarke, et n'eut pas de peine à rendre fort douteuse sa démonstration de \ immatérialité de notre âme. Le scepticisme eut finalement gain de cause.
Cette controverse fixa du moins , d'une manière