LIVRE SlXlJr.M
de l'homme par laquelle, en passant de Y ignorance à la connaissance, il passa en même temps de f unité à la distinction et à Vindiifidualitéy et cette RÉDEMPTION par laquelle , en continuant de progresser dans la connaissance, il essaya , en Jésus- Christ, de se régénérer dans Yunité, de rentrer dans VurUtéy sans renoncer à la distinction^ à Yindividualîté.
Examinons sans préjugé le récit de la Genèse que nous venons de citer, et la suite de ce récit.
N'est-il pas évident d'abord qu'il s'agit en efFet là de connaissance y de science? Moïse pouvait-il s'exprimer plus clairement ? pouvait-il répéter plus souvent qu'il ne l'a fait, et plus positivement, que son but était de dire comment l'homme avait passé de l'état d'ignorance à l'état de science, et comment de là venait son malheur?
Quel est le nom de l'arbre défendu ? Cet arbre se nomme l'arbre de la connaissance du bien et du mai; c'est ainsi que Dieu lui-même l'appelle dans la défense qu'il fait à Adam d'en goûter: De omni ligno hortorum comede; de arbore vero scient iœ boni et maliy de en {inquam) haudquaquam cornedas; nam quacumque die ex ea comedes , morte morieris (1).
Est-ce pour éprouver Adam, pour lui fg^ire une
(I) VMlgî^tc.
54o DE l'humanité.
à Eve, et dans les pronostics fâcheux qu'il tire de leur faute relativement à leur condition ftiture, ne parle même pas de la mort, ou n'en dit un mot qu'accidentellement , à propos du labeur incessant qui sera désormais leur condition : « Tu (( mangeras ton pain à la sueur de ton visage , juste qu'à ce que tu retournes en la terre, d'où tuas « été pris ; car tu es poudre , et tu retourneras en « poudre (i). » Du reste, rien dans les paroles de Dieu , après la chute , qui réponde nommément à cette prédiction antérieure, que l'on prend vulgairement pour un châtiment promis à la désobéissance d'Adam : « Si tu goûtes au fruit de l'arbre « de la science, tu mourras. » Dieu sait qu'Adam et Eve sont , par le fait de cette connaissance qu'ils ont acquise, transformés psjchologiquernffnty au point que d'immortels qu'ils étaient en son sein, à cause de la non-distinction, les voilà passibles de la mort, à cause de la distinction; il les sait donc morts y c'està-dire conscients de la mort, par le seul effet de la connaissance; il les sait devenus sujets.de la mort, susceptibles de concevoir le non-étre ou la mort, comme ils sont devenus sujets de la crainte, susceptibles de concevoir la honte. La honte , la crainte, la mort, tout ce qui nous sépare^ tout ce qui, en brisant \ unité, nous isole et nous aban*
(i) Vulgalc , ch. m , V. 19.