LIVRE SIXIÈME. 55 I
tianisme. Le nœud des choses lui échappait. Le plus grand effort que put faire ce public incrédule fut d'admirer la poésie merveilleuse autant qu'extravagante que Milton avait tirée de la Bible ; mais sa poésie tirée de TÉvangile ne séduisit personne. Après tout , Milton , comme Michel- Ange, était plus propre à traduire la Bible que VÉvangile.
Mais revenons à la Genèse. Il y avait donc dans l'Ëden j suivant le texte bien clair et bien positif de cette Genèse , à côté de l'arbre empoisonné de la science , l'arbre de la vie et de l'immortalité.
Or, si la mort , comme le dit nettement la Genèse, est venue de VégoïsmCj de la distinction égoïste^ c'est-à-dire de là combinaison de la co/inaissance et de Yégoïsme , évidemment la vie , qui est le contraire de la mort, doit résulter de la combinaison de la connaissance et de Vanité y en d'autres termes, de la connaissance dans t unité,
La connaissance dans C unité y c'est-à-dire, soit un sentiment qui guide notre intelligence vers Dieu, considéré comme la source immanente de toutes les créatures , soit une connaissance qui transforme notre sentiment, notre égo'isme, notre personnalité, en un amour universel et divin, s'appelle religion ou amour, dans le sens le plus général, c'est-à-dire charité.
Donc , pour qui comprenait le mythe gêné-
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siaque, ce mythe renfermait implicitement la promesse d'une humanité sauvée par un progrès dans la connaissance , après avoir été perdue par un premier progrès dans la connaissance.
Ce fut là, en effet /la doctrine des Ësséniens, qui prétendaient se rattacher directement à Moïse, et qui disaient avoir conservé traditionnellement le sens métaphysique de la doctrine de vie exprimée symboliquement dans la Bible.
Ce fut la doctrine de Jésus , qui se sentit appelé à transporter la morale et la métaphysique essénienne dans tout le corps de la nation juive.
Ce fut aussi la doctrine que reçut des apôtres directs du Christ, autant que d'une inspiration particulière , l'autre grand apôtre S. Paul , qui se sentit appelé à transporter parmi les Gentils et dans l'humanité tout entière ce principe de la rédemption au moyen de la charité, c'est-à-<iirç au moyen du retour à F unité par la connaissance.
Aussi les mystiques chrétiens, continuant le mythe de Moïse, ont-ils appelé quelquefois la croix du Christ l'arbre de vie, lignum vitœ (i).
(r) Un des traités de S. Bonaventure, le FéneloQ delà Scholastique , est intitulé L'Arbre de Vie , Lignum Fitœ. Cet arbre ^ c'est la croix de Jésus-Christ. On voit cette croix représentée en tète du livre , toute couverte de feuillage , et, dans ce feuillage , chaque rameau est marqué d'une des perfections et des qualités du Sauveur, ce qui fait une figure assez semblable aux arbres encyclopédiques qu'on a imaginés dans ce^ fjerniers temps.