LIVRE SIXIÈME. 55'J
ment à Fantiquité vos propres idées. Cette vérité que la propriété individuelle a introduit le mal sur la terre, si c'est une vérité, a quelque chose de trop étrange dans un livre de trente*-trois siècles, comme la Bible.
Je m'étonnerais bien plus, je l'avoue, si elle n'était pas dans un tel livre cette vérité, si elle n'y était pas clairement et expressément. Quoi! dirai-je à mon tour, est-il donc si étrange que Moïse ait su ce que savait si bien Minos, le contemporain de Moïse ! Les prêtres idéens, qui instruisirent Minos, en savaient donc plus sur le fond même de la vie, que les prêtres d'Egypte, qui formèrent Moïse! N'est-il pas notoire, en effet, que la législation de Minos , laquelle date comme la Bible de quinze siècles avant l'ère chrétienne, était fondée sur l'abolition radicale de la propriété individuelle dans la caste? N'est-ce pas là d'ailleurs le principe de toutes les législations et religions doriennes? N'est-ce pas ce principe que , suivant le témoignage de toute Fantiquité, Lycurgue emprunta à Minos, ou plutôt qu'il remit en vigueur dans une nation dorienne , pour en faire Sparte , la cité sainte ? N'avons-nous pas ce même principe célébré par Platon ? Platon ne le reçut-il pas par toutes les voies traditionnelles? Car si Minos, Lycurgue, toute la tradition dorienne , le lui révélaient, son maître Pythagore, cet autre législateur, le lui enseignait également.
Et Moïse n'aurait pas su ce que savaient si bies les législateurs des Gentils ! Mais, dès la haute an* tiquité j les affinités étroites de doctrine entre la législation de Minos , ou de Lycurgue j et la légidi- I tion de Moïse étaient notoires. Ce ne sont passeo- 1 lement des philosophes qui l'ont dit. A Sparte le cette affinité fut reconnue par un acte public. Est» il besoin d'ailleurs même de toutes ces raisom extérieures ? La législation de Moïse , ses institutionsy ses lois, ne sont-elles pas la réalisation et la mise en pratique du principe de la fraternità^ que Moïse tenta de faire sortir de la Umite des castes, où ce principe était borné dans toutes les législations antérieures , et où il resta borné même dans la législation contemporaine de Minos, pour rétendre , lui , à une nation de prolétaires , à un peuple d'esclaves fugitifs, à ce qu'il y avait de plus vil dans la plus inférieure des castes ? Donc si telle est cette législation (et qui pourrait le nier ?) , telle doit être la métaphysique de cette législation. La Genèse doit répondre au Lévitique et au Deuti^ ronome.
Si la Genèse est de Moïse lui-même, c'est-à-dire s'il ne l'a pas reçue directement des prêtres égyptiens ses maîtres , évidemment l'instituteur de la Pâque ou du repas égalitaire^ du Sabbat et du Jubilé , dont le but direct était l'égalité et le rétablissement de l'égalité , a dû symboliser son idée