LIVRE SIXIÈME. SSg
»ur la propriété dans son mythe génésiaque de 'homme ou de l'humanité.
Si la Genèse, au contraire, est, comme on peut e croire avec assez de vraisemblance , un livre égyptien plutôt qu'une création hébraïque, comment les prêtres d'Egypte, qui vivaient en commulauté, et qui enseignèrent le cénobitisme à Pythagore comme la seule vie morale et pure, ces prêtres que nous savons positivement avoir professé la fratermté dans la caste , d'accord en cela avec toutes les grandes religions et civilisations anti* ques, auraient-ils manqué de symboliser cette idée essentielle dans le mythe génésiaque de Thomme ou de l'humanité! En vérité, ni d'un côté ni d'un autre, que la Genèse s^oit égyptienne ou hébraïque, on ne saurait comprendre pareille lacune dans un mythe aussi fondamental (i) !
Mais je dirai plus : ce mythe entraînait nécessairement cette conséquence ou ce corollaire. En effet, quel est le sens de ce mythe? L'idée métaphysique n'est-elle pas l'union ou la commimion du moi et du non-moi dans la vie ? La période d'innocence et de bonheur de l'humanité n'y est-elle pas caractérisée par l'identité absolue du moi et du non-
(i) Je m'appuie ici, en les résumant en peu de mots, sur des idées qui se trouvent développées et démontrées dans mon livl« De t Égalité, Je renvoie à ce livre pour Texplication du fond , à la fois métaphysique, moral , et politique , des anciennes religions et en particulier de la législation de Moue.
56o DE L HUMANITÉ.
/Tio/dansThouiiiie primitif, supposé androgyneet vivant sans distinction et sans connaissance S^sut vie naturelle et divine? Donc, comme nousraTons vu, la chiite^ la déchéance^ le malheur de l'homme ou de l'humanité, vient , suivant ce mythe, de h distinction inspirée par Végoïsme, Or qu'est-ce que la propriété indit^idue/le , telle que le gerae humain l'a connue et pratiquée jusqu'ici, si cen'eit précisément la pratique de cette distinction égoïste Donc évidemment l'écrivain sacré , quel qu'il soit, Égyptien ou Hébreu, qui nous a laissé la Genèse, et qui a si nettement rapporté la chute ou le mai» heur de l'homme à la séparation hors de Vuniiè par egoisme , a dû ajouter que cette séparation avait enfanté la propriété.
Et en effet le troisième chapitre de la Genèse, celui qui suit immédiatement le péché et la chute, est l'établissement de la propriété, caractérisé comme un meurtre,
Caïn tue son frère x\beL Qu'est-ce que Gain? c'est l'homme de la sensation , l'homme du fait, l'homme de l'activité physique, l'homme envahisseur; c'est le tyran, c'est le maître, c'est le despote, c'est le propriétaire. En doutez-vous? Le nom même de Caïn veut dire \e propriétaire, Id propriété^ \2l possession individuelle, exclusive, égoïste, jalouse. Et ceci n'est pas une étymologie trouvée par les savants. Car non seulement la langue hébraïque