‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 5 sur 216 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

irrévocable, ce point d'histoire , que Moïse ne parle en aucun endroit de l'immortalité de l'âme, et que toutes les promesses de l'Ancienne Alliance sont tournées vers la vie présente , ou du moins vers une tout autre conception de la vie future que celle que l'on entend ordinairement par ce mot. A partir du commencement du dix-huitième siècle, il ne s'est pas trouvé un seul théologien consciencieux et savant qui ait osé révoquer ce fait en doute. Mais à partir de cette époque on a cherché à expliquer ce fait.

Au plus fort même de la dispute entre Dodwell, Clarke, et CoUins, Guillaume Sherlock, doyen de Saint-Paul et chapelain du roi, publia un traité De r Immortalité de VAme et de la Vie éternelle^ où il essaie de résoudre les difficultés qu'on avait soulevées. 11 reconnaît positivement qu'il n'y a aucune trace quelconque de vie future différente de la vie terrestre dans les livres hébreux. Il veut seulement que ces livres aient été une induction pour y faire songer les Juifs. Après avoir cité un certain nombre de faits insinuatifs, suivant lui, de cette idée de la vie future : « Ainsi, dit-il, quoiqu'o/i a ne troui^e aucune promesse positive dune autre « vie sous r Ancienne Loi. tous ces événements « l'insinuaient et la faisaient espérer aux Juifs ( i ). »

(() De r Immortalité de l'Ame et de la Vie éternelle^ chap. m» sect. a.

Et plus loin : « On m'objectera peut-être que ce « que je viens de rapporter de la Bible ne prouve « point qu'il y ait une vie à venir, puisque la Loi « nen dit pas un seul mot^ et que toutes les pro- « messes qu'elle renferme sont temporelles. On ic me dira que, s'il y avait une autre vie, Dieu « en aurait parlé en termes exprès, pour donner (c un plus solide appui à la créance des Israélites, « et les engager plus fortement à son culte reli- « gieux. Je réponds qu'il est trop évident que la cf Loi mosaïque ne contenait aucune promesse « positive dune autre vie; mais que tel était le <c génie de cette Loi , que , quoique la lettre ne « contînt que des bénédictions temporelles , on (( peut dire qu'elle cachait sous cette écorce toutes « les bénédictions spirituelles d'une autre vie, et a que les gens de bien ne manquaient pas de les y « découvrir. Il en est tout au contraire sous l'É- « vangile. Quoique ses promesses ne regardent que « le spirituel et l'immortalité glorieuse , elles ren- « ferment les biens de cette vie, et nous font espèce rer que si nous cherchons premièrement le « royaume de Dieu et sa justiccy toutes les autres « choses nous seront données par^dessus, comme « il est dit en S. Matthieu (i). »

Sherloch , par cette explication du Mosaïsme ,

{i) De l'Immortalité de Cj4me et de la Vie éternelle^ chap. m, sect, 2 .

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préludait à Fexplication plus complète, mais non encore suffisante suivant nous y qu'en ont donnée depuis Warburton et Lessing.

L'idée de ce théologien est celle-ci : Que tous les arguments psychologiques, à la façon de Descartes ou de Clarke, pour prouver l'immortalité de l'âme et une vie à venir, n'ont pas en euxmêmes de solidité et de certitude ; — Que le simple argument tiré du désir naturel que nous avons de l'immortalité , et du sentiment également naturel que nous avons de la justice et de la providence de Dieu, est plus fort et en dit plus que ces prétendues preuves ; — Que le véritable fondement sur lequel notre espérance de la vie éternelle est bâtie ne doit pas être cherché en dehors de la religion ; — Que la religion a eu deux phases, l'Ancienne et la Nouvelle Loi ; -— Que l'Ancienne Loi ne fut qu'une préparation à la Nouvelle ; — Que la vie future n'était pas enseignée ostensiblement dans l'Ancienne Loi , mais qu'elle y était implicitement exprimée dans l'idée explicite d'une Providence divine s'appliquant à toute la nation juive, et d'une Alliance entre Dieu et Abraham , c'est-à-dire entre Dieu et la postérité d'Abraham ; — Enfin que la Nouvelle Loi , ou la seconde Alliance , a confirmé ces promesses obscures de vie et d'immortalité par la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts et par la promesse d'une résurrection générale.

48o DE l'humanité.

On ne saurait nier qu'il n'y ait dans ces idées une véritable profondeur. Aussi ce traité eut-il en son temps beaucoup de célébrité.

Enfin, vers le milieu du dix-huitième siècle, le savant évêque de Glocester, Warburton, publia son grand ouvrage de la Divine Légation de Moïse. Non seulement il constata , avec une érudition invincible , que Moïse n'a pas enseigné la doctrine de l'immortalité des âmes, mais il osa faire de cette lacune la preuve que Moïse avait été divinement inspiré.

Pour comprendre l'idée de Warburton , il faut avoir le secret de sa façon de penser, en général, sur la religion et sur la politique. Ce fut certainement un des plus forts génies du dix-huitième siècle que cet évéque anglais. Atteint lui-même par l'incrédulité générale de son époque , il essaya pourtant de résister à ce torrent , qui détruisait, disait-il, la société, la religion, tout bonheur et toute moralité dans le monde. Son principe était l'alliance nécessaire de la société civile et de la société religieuse , pour assurer le bien-être et la félicité des homihes. Il écrivit un livre savant et solide sur ce sujet , et son ouvrage plus célèbre sur le Mosaïsme n'est réellement qu'une application du même principe :

ce Tous les anciens législateurs , tous les anciens « sages, disait-il, étaient convaincus que la reli-

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