LIVRE SIXIÈME. 56 I
le dit, mais la Bible le dit. Oui, la Bible dit positivement, en toutes lettres, que Gain , le meurtrier d'Abel son frère , c'est l'établissement de la propriété parmi les hommes.
A un mythe, dis-je, succède un autre mythe^ qui est la suite directe , immédiate , du premier. Adam, inspiré par l'égoïsme, sort de l'unité divine; il entre, à ses risques et périls, dans ime voie à lui; il se distingue, il se sépare;... il devient passible de la mort. J'ai expliqué ce que cela veut dire. Aussitôt l'humanité se divise. Il ny a plus un être un, partagé seulement dans la dualité des sexes ( i ) , Adam et Eve , l'homme et la femme ( y^ish et Aisfid)y ou des hommes et des femmes. Il y a des hommes et des hommes ; et il y a trois diversités fondamentales dans l'humanité. Adam a trois fils,
(i) Il y a une si grande perfection dans tous les détails de la Genèsf, la forme est tellement adéquate au fond, que chaque mot, pour ainsi dire, est expressif, au point d être une indication complète de Tidée. Ainsi, après que Dieu a décomposé TAdam androgyne , et séparé la femme , le nom donné à la femme recèle encore Tidée d'unité. Eve alors ne s'appelle pas Ève^ elle s'appelle Ischa ou Aisha. Ce n'est qu'au troisième cha^ pitre, après la chute, qu'Adam lui donne le nom d^Ève. Voici la succession de l'idée, et des noms correspondants à l'idée. Adam, primitivement, exprime Tandrogyiie , qui , réunissant les deux sexes, n'a pas de sexe. Adam ayant été décomposé par Dieu en homme et femme , le principe masculin, ou l'homme, s'appelle Jsch ou Âish^ et le principe féminin , ou la femme, s'appelle Ischa ou Aisha. L'unité est encore conservée dans ces noms ; et cette parole que prononce Adam : « On la nom- « mera Msha parce qu'elle a été prise à*Aish , » marque bien expressément cette unité ; l'être est encore un , bien que partagé dans la dualité
56i DE l'humattité.
Claïn y Abel, Seth. Lorsque, plus loin, Moïse racontera le déluge , et comment Thumanité fut renouvelée par Noé, Noé aura également trois fils, Sera, Cham, et }aphet. Ces trois diversités fondamentales de l'espèce humaine , qui sortent, en se divisant ^ d'une souche unique, et qui expriment par leurs gueiTes et leurs jalousies la division du genre humain , suite de la séparation qui s'est faite dans la période désignée sous le nom à^Adam ; ces ti*ois diversités, dis-je, se rapportent indubitableitiènt aux trois facultés qui se trouvent dans l'unité de notre nature, sensation, sentiment, connaissance. Le lecteur va-t-il encore m'arrêter ici , pour me demander si ces choses que je vois dans la Bible, et qu'on n'y Voit pas ordinairement , y sont bien réellement? Moïse, me dira-t-on, avait donc une
des sexes. Mais après la chute, et rarrét prononcé par Dieu , la première chose que fait Adam, c^est de changer le nom de sa femme : « Et Adam « nomina sa femme Eve, parce qu'elle a été la mère de tous les vivants. « {Ckap, III y vers, ao.) » C'est ainsi , du moins, que traduit la Valgate: Eu qtiod mater esset omnium viventium. Mais il est clair que ce non d'Eue, et la caractérisation qu'en donne Moïse, ont un sens plus profond, et qu'il serait bien plus exact de traduire : « Parce qu'elle a été la mère « de tous les mortels. » Ce nom d'Eve, en effet, Hevah ou Havah^ est le verbe hébreu même qui signifie /ni/ ou 'vixit. C'est le pasU du verbe être. Une fois sorti de l'être , qui comprend d'une façon indécomposable le présent , le passé , le futur, l'homme connaît le passé , la mort. De là trois verbes, véritablement Irès-distincts dans les anciennes langues : Sum, fui, eroy le présent, le passé, le futur. Entre le nom primitif d'Eve, Ischti^ et son nom consécutif à sa faute , Havah , il y a la dislance de sam kfiii* Hapah ou haîahy en hébreu , signifie yîii/, d'où chaîah^ vixit.