‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 46 sur 216 · LIVRE SIXIÈME. t>7!î · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. t>7!î

a (Caïn), sera vengé au sextuple : Quidquid interiifecerit Caïnum^ sejctuplo vindicabitur. » Ainsi Dieu non-seulement conserverait la vie au fratricide Caïn y mais établirait que la vie de Gain vaut à ses yeux six vies d'agresseurs de Caïn. Quelle bizarre absurdité on a attribuée à la Genèse ! En vérité, Voltaire avait raison de déclarer qu'une pareille justice de la part de Dieu était inconcevable ; il avait raison de se montrer scandalisé de Imdulgence étrange avec laquelle Dieu en agit à l'égard de Csun.

Mais il n'y a rien de pareil dans la Bible. Il ne

s'agit , au fond , dans la Bible , ni d'un meurtre ,

ni d'un fratricide. Il ne s'agit pas d'un homme

appelé Caïn qui a tué un autre homme appelé

Abel. Il s'agit de l'établissement de la propriété

parmi les hommes, sous le symbole de deux races,

lune appelée Caïn, la race des possesseurs ou

propriétaires , et l'autre appelée Abel , la race de

ceux qui ne possèdent pas. Dans cette phrase, si

absurdement interprétée, que dit donc Jéhovah?

1\ prophétise^ par prescience y la législation qui,

à partir de cette époque, va régner sur la terre. 11

prophétise que le droit du plus fort y ou ce que

l'on pourrait appeler la loi de Caïn^ le droit

Cainique, va régner parmi les hommes. Cela est si

certain, que, huit versets plus loin , comme nous

allons le voir tout à l'heure, Lamech, le législateur

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au sextuple, suivant la prophétie de Dieu, Gain croira tuer et se venger justement, et celui contre qui il sévira éprouvera une sorte de prestige et de fascination, qui lui fera admettre et reconnaître jusqu'à un certain point le droit de Giin; car lui-même, lui, agresseiu* de Gain, n'a pas d'autre droit que Gain. Sur quoi, sinon sur ce prestige du fait , se sont élevées tant de dominations, tant de tyrannies qui ont envahi la terre? sur quoi se sont basées les conquêtes^ et qui a fait la force 'des conquérants, sinon ce signe mis sur Gain ?

Voilà, suivant nous, le vrai et unique sens de tout ce mythe de Gain dans la Genèse. Pour le comprendre, il fallait le lier au développement général de l'idée de Moïse. Gette idée est celle de la progression continue du mal , à partir de la chute d'Adam , ou de l'entrée de l'homme dans la connaissance par l'égoïsme. D'abord Adam perd la vie, dans le sens profond du mot; il est chassé de l'Éden. Puis Caïn,en prenant pour lui seul la terre, et en établissant sur la terre la propriété exclusive et jalouse, perd la terre, dans le sens profond du mot , comme Adam avait perdu l'Eden. Mais alors nouveau progrès dans le mal: Gain établira et Dieu permettra la violente législation du fait , ou le droit du plus fort.

I^ fin de ce chapitre , qui est consacrée à la

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