LIVRE SIXIÈME
que c'est là le principe de la législation qui ^ peu - . dant tant de siècles et en tant de pays , a gouverné les hommes, et a eu autorité? Et aussitôt, par un nouveau mouvement brusque et rapide de la pensée , sans aucune préparation de mots , l'écrivain de la Genèse, ayant peint suffisamment la race de Caïn, du meurtrier d'Abel, et la législation sortie de cette race,/e droit du plus fort i^ réintroduit sur la scène les auteurs primitifs du genre humain , Adam et Eve , pour leur faire engendrer un troisième fils, qui remplacera Abel, et d'où sortira peut-être une race moins perverse que celle de Gain. C'est l'homme de la connaissance qui vient au monde cette fois , comme Gain était l'homme de la sensation , comme Abel était l'homme du sentiment. C'est l'homme de la loi et du droit , au lieu que Caïn n'est que l'homme (lu fait, et que sa prétendue législation n'est que l'arrêt de sa propre volonté, de son égoïsme. Cet liomme, c'est le vrai législateur; son nom même exprime l'idée qu'il représente. Car son nom est
« Silam: Audite vocem meam, uxores Lamech , ausculta le serroonem « meum, quooiam virum occidi in vulnus meum , et puerum in livorem « nieura. Si aexluplo Tiudicabitur Gain, certe Lamech septuagiés septies. » Cette version de S. Jérôme > exacte au fond, est néanmoins rendue obscure par l'emploi du temps passé occidi , au lieu du futur. Voici à ce Nujet la remarque de Robert Etienne: « Hic praeteritum pro futuro poui- » tur, et futurum pio prseterito imperfecto; vertique débet ai hune modum: « Sane hominem interfirerem in (vel pro) vulnere meo, eliam adolescenlem « in (vel pro) livore mec. »
58<) DE l'hitmanitk.
Setli , qui , dans le sens où la Bible emploie ici ce mot, veut dire base ^ fondemenf. Cette signification que la Bible donne à ce mot Seth ou Sheth , n'est pourtant qu'une signification dérivée et secondaire. Dans son radical le plus essentiel, ce nom exprime réellement Xêtre ^ ce qui est, et par conséquent ce qui est sous tous les phénomènes , ce qui est caché sous toutes les apparences. Le second radical dont il se compose exprime la distinction, la relation, le rapport. Ce nom a donc précisément le sens de ce que les philosophes appellent le substratum , \efond ou le principe des choses. Secondairement, ce nom exprime la science, la connaissance , parce que la connaissance est précisément la faculté que nous avons de distinguer Vétre des phénomènes ^ et \e fondât hi forme. Une signification intermédiaire, et qui se rapporte également bien à l'un et à l'autre des deux sens que nous venons de marquer, c'est celle que la Bible, suivant son usage, prend soin elle-même de déterminer et de caractériser, c'est-à-dire la signification de base y fondement. Quand Eve engendra Caïn, elle avait dit : T acquiers , ou Je possède^ ou f envahis ; et le nom de Caïn avait exprimé une force qui se manifeste, mais aveuglément et en détruisant tout ce qui s'oppose ou se présente à elle. Le nom du second fils avait été déterminé par celui du premier. La lutte fratricide a retenti au