‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 49 sur 216 · LIVRE SIXIÈME. 58 I · texte numérisé non relu

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cœur de la mère, et l'a instruite. Aussi, cette fois, en enfantant son dernier né, elle tire le nom qu'elle lui donne de cette lutte même où un de ses fils a tué l'autre : « Par l'abattement d'Abel , «lorsque Caïn l'accabla. Dieu, dit-elle, di fonde « (en hébreu, Shath) en moi une nouvelle posté- « rite (i). » Ainsi, de la lutte de la sensation et du sentiment résulte la connaissance. De la lutte du fort et du faible résulte le droit, la loi , la législation. L'ordre même de la génération de ces trois fils d'Adam est remarquable, comparé à l'ordre du développement des trois facultés dont ils expriment la prédominance. La sensation est d abord maîtresse presque absolue de l'homme, le sentiment vient ensuite , puis la connaissance. Selh, ce dernier fils d'Adam, est donc un retour vers le bien. Né, comme le dit sa mère , du meurtre et pour ainsi dire. du sang d'Abel, il cherche à marcher dans la vie par la justice, et non plus par Tégoïsme. Les traditions qui s'attachaient, en Orient , au nom de ce troisième fils d'Adam , confirment ce que nous disons. Les Hébi*eux le représentaient comme le type de la science. Au rapport de Josèphe , on lui attribuait l'érection de ces fameuses colonnes sur lesquelles étaient gravés l'histoire du genre humain et les principes de la morale universelle; c'est-à-dire qu'il était pour

(i) Ver«. a5.

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les JuiFs ce que Thot^ dont le nom est assez analogue, était pour les Égyptiens. Quelques peuples orientaux, et en particulier ceux qui faisaient profession du Sabéïsme, l'ont révéré comme un prophète. Enfin , les plus considérables des Gnostiques se faisaient appeler Séthiens,

Véritablement, comme je le dirai plus loin, le Gnosticisme tout entier, cette fameuse gnose j ou recherche du bien et du mal par \2i connaissance^ qui rivalisa pendant plusieurs siècles avec le Christianisme , et qui d'ailleurs a tant contribué à le développer, et lui a laissé des traces si profondes, , reposait sur l'intelligence même des choses que nous cherchons à expliquer ici. Mais ce n'est pas le lieu de nous y arrêter en ce moment.

Continuons, en peu de mots, à donner la suite du mythe d'Adam dans la Genèse ^ c'est-à-dire la suite de l'histoire de l'humanité. En regard de la race de Cain , l'homme de la sensation et de l'égoïsme , la Bible place la race de Seth , l'homme de la connaissance et de la justice. Voilà la dualité dans la science; voilà la science du bien, et la science du mal, c'est-à-dire les deux sciences diverses dont le fruit mangé par Adam portait en lui les germes. Dans la Bible, donc, à la généalogie de Caïn succède la généalogie de Seth (i). Or, en comparant les noms des enfants de Caïn

(i) chapitre V de la Genèse.

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avec les noms des enfants de Seth , il est impossible de ne pas reconnaître que ce sont des noms purement symboliques, qui n'expriment en aucune façon des personnages réels ^ mais uniquement des phases de ces deux races humaines, dont Tune est tournée vers le mal et obéit uniquement à régoisme et à la sensation, et dont l'autre aspire au bien par la connaissance, mais sans qu'il lui soit donné d'y arriver. Le mythe se continue comme il a commencé, psychologiquement.

Caïn^ dont le nom veut dive propriété ^ engendre Hénoch, dont le nom veut dire limitation. Et en effet le résultat direct de la propriété est de nous limiter et de nous enfermer dans des bornes dont nous aspirons nécessairement à sortir (i). De là la passion envahissante: aussi Enoch engendre Whirad, dont le nom veut dire passion. La passion ou la cupidité nous conduit à des actes pour l'assouvir; aussi Whirad, dit la Bible, engendra Méhoujaël , dont le nom signifie acfis^ité^ rtianifestation. Voilà la période entière du moi égoïste accomplie. £n se séparant, ce moi se limite; mais s'étant ainsi limité contre sa nature, il souffre et devient envahisseur, d'abord en lui-même , puis en acte. Or que résulte-t-il de cette activité mauvaise ? Méhoujaël, dit la Bible, engendra Méthoushaël ,

(i) Voy. les réflexions qui nous sont venues naturellement à ce sujet, livre II, ch. f, pag. i6o.

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dout le nom veut dire gouffre de mort. Alors vient Lamech, dont le nom veut dire lien dans la dis^ solution^ qui établit la polygamie et les castes, et fonde cette législation que nous avons vue, laquelle n'a d'autre base que le fait et le droit du plus fort Telle est la postérité de Caïn.

La généalogie de Setb est évidemment écrite pour servir de contraste à celle de Gain. Seth, dont le nom veut dire connaissance^ engendre ^nosh, dont le nom signifie faiblesse et invocation. La Bible explique elle-même ce symbole en ajoutant : « Celui-là commença à invoquer le nom du Sei- « gneur ( i ). » La connaissance, en effet, séparée de l'unité, se sent si faible et si désespérée, qu'elle n'a pour appui que l'invocation de Dieu. Mais ce fils de Seth, ainsi faible et désolé, ne peut, même sous l'appui de l'Être Suprême où il s'est placé, que s'attacher à son propre moi; il reproduit donc nécessairement, à cause de son isolement, une race analogue à celle de Gain , c'estnà-dire une race dans laquelle le principe du bien, de la connaissance, de la justice, est entaché fatalement d'égoïsme. Aussi iEnosh, dans la Bible, a pour fils Gaïnan , l'analogue de Gain , la propriété. Voilà donc la race de Seth , à la seconde génération , participant fatalement de la condition de Gain , et

(i) Chap. IV, vers. a6: « Iste ccppit invocare nomen Domini. w (Rob. Etienne. )

reproduisant jusqu^à un certain point l'autre race. C'était la suite inévitable de la division; c'était l'effet nécessaire du mal moral qui , des méchants, se communique aux bons, à cause de l'unité et de la solidarité du genre humain. A partir de Caïnan, qui est l'analogue , mais en bien , de Caïn , la généalogie de Seth reproduit exactement le même nombre de phases que celle de Caïn lui-même. Il y a plus , ce sont les mêmes noms ou les mêmes noms légèrement modifiés , qui désignent les enfants de Caïn et ceux de Seth. Seulement il y a une transposition remarquable dans l'ordre de ces générations. I>a généalogie de Caïn , comme nous l'avons vu, est celle-ci : I. Caïn {^propriété)\ II. Hénoch {limitation)'^ III. Whirad {passion envahissanté) ; IV. Méhoujaël ( manifestation ^ activité) ; V. Méthoushaël {mort); VI. Lamech [lien dans la dissolution). La généalogie de Seth, devenu par une nécessité fatale Caïnan ou l'égoïsme , mais tourné vers le bien, est celle-ci: I. Caïnan (^propriété); II. Méhoujaël (//îrï/îj/ej/«//on), modifié en Mahallaël [manifestation généreuse); III. Whirad [passion)^ modifié en Ired {^passion généreuse); IV. Henoch [limitation); V. Méthoushaël ou Méthoushaleh [mort); VI. Lamech (^lien dans la dissolution). Ainsi tandis que le moi, aveuglément égoïste et parti de la sensation , ne passait à l'activité dans la race de Caïn que par la limitation, c'est-à-dire la

misère 9 Timpuissance, le fini, et par la souffrance passionnée qui en résulte, le rnoij considéré sous l'autre aspect où Moïse le considère dans la race de Seth , n'arrive au contraire à se sentir limité qu'après s'être manifesté. Ce moi de l'homme de la connaissance se porte d'abord au dehors^ et cherche à se manifester. Mais comme le non^moi ne répond pas à son vouloir, le moi, ainsi réduit à lui-même, après s'être développé dans deux périodes, l'une de pur attrait et de spontanéité, l'autre de constance généreuse et soutenue, retombe dans le sentiment du fini, de la limitation, de l'impuissance , et arrive à ce même état de mort , où le moi égoïste de l'homme de la sensation était arrivé par une autre route.

Si les étymologies de ces noms symboliques, dont on a fait absurdement des patriarches j ne nous étaient pas données, soit positivement par la Bible elle-même, soit par les radicaux de la langue hébraïque, on pourrait regarder comme un pur jeu de mon esprit la psychologie que je découvre sous fenveloppe de ces noms. Mais je prie le lecteur de considérer que si tout est clair dans le mythe jusqu'à fendroit de ces généalogies , il est bien certain que ces généalogies elles-mêmes doivent se rapporter aux prémisses, et être la suite des caractérisations de Cain et çle Seth. Or les caractérisations très-évidentes et

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