‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 6 sur 216 · LIVRE SIXIKME. 1^8 l · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIKME. 1^8 l

« gion et la police civile sont inséparables , et c'est « pourquoi ils les ont toujours enseignées et éta- « blies de concert. L'expérience de tous les siècles « justifie leur conduite , et le principe d'après <€ lequel ils agissaient doit nous donner la plus « haute idée de la Providence divine, qui a si « étroitement uni notre bien présent à notre plus a grand bien fiitur. En un mot, quiconque veut « assurer le gouvernement civil doit le soutenir « par la religion , et quiconque veut étendre la reli- « gion doit employer les secours du gouvernement <c civil (i). »

Véritablement, au fond, Warburton pensait que Moïse ne croyait pas à l'immortalité de l'âme, et qu'il ne croyait qu'à la réfusion des âmes dans TAme Universelle , sans peine ou récompense après la mort. Et , en effet , si Warburton , comme nous Favons vu, a soutenu cela de Platon, de Pythagore , et de tous les philosophes grecs , sans autre exception que Socrate, malgré tant d'écrits et de monuments où le contraire est affirmé, combien, à plus forte raison , devait-il le penser de Moïse , qui n'enseigne que la vie terrestre , et qui n'a pas une seule prescription relative à la vie future! Mais tandis que, suivant Warburton, les antiques législateurs des Gentils , et , à leur suite , les phi-

{i) De V Alliance de V Église et de l'État^ trad. en français sous le titre de Dissertations sur l'union de la religion^ de la morale y et de la politique,

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losophes païens qui s'occupèrent de législation et de morale, avaient eu besoin de tromper les hommes, et, tout en ne croyant, pour leur part, qu'à la réfusion des âmes dans l'Ame Universelle dû monde , avaient inventé néanmoins ou répandu les fables des paradis et des enfers, et la fable de la métem psychose , en un mot le dogme moral des peines et des récompenses après la mort, pour donner appui aux lois civiles et combler les lacunes de ces lois, Moïse, plus franc, plus sage, et plus fort, n'avait pas eu besoin d'enseigner aux Juifs des dogmes auxquels il n'ajoutait pas foi. Il n'avait pas flétri sa bouche par le mensonge; il avait donné une loi pure; il avait été réellement le législateur sacré. Saisissant, par une inspiration céleste, le lien de toute chose, le lien de la religion çt de la politique, l'union du principe infini et du fini qui en est la manifestation, l'identité et l'unité de la vie , Moïse avait fait une législation toute terrestre , mais qui n'avait pas besoin , pour être parfaite, de la connaissance d'une vie future, ni, par conséquent, besoin de s'étayer de prescriptions prises dans cette vie.

Deux objections renversiiient ce système. I^a première, c'est qu'on peut accuser Moïse, dans cette hypothèse, d'un bien plus grand mensonge que s'il eût parlé de vie future , même en n'y croyant pas. Car n'est-il pas évident que ces me-

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