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métaphysique, dans ces nombres, qui avaient pour lui la signification qu'on leur donnait dans' la langue philosophique de son temps. Est-ce sa faute si, cette langue ayant cessé d'être comprise, les hommes se sont laissé prendre, comme des enfants crédules, à l'expression et à la forme de sa pensée? Je ne citerai, en preuve, qu'un seul exemple.
Le nombre total d'années attribué à Lamech est 777. Voilà un nombre fort bizarre, en apparence. Mais le nom de Lamech veut dire tien dans la dissolution; et nous avons vu qu'en effet le Lamech de la race de Caïn est le législateur, l'homme qui fait la loi, et dont la parole devient ainsi le lien de tous, et un lien dans la dissolution de cette race. Le Lamech de Seth a un rôle indiqué tout à fait analogue. Or, dans la philosophie numérique, le nombre 7 était considéré comme un lien^ une espèce de chaîne des choses, vinculunij compaguj nodusj comme disent de ce nombre Cicéron et Macrobe. Dans cette philosophie , les nombres représentaient à la fois les substances et les modes; ils étaient le symbole de la substance et la règle des formes qu'elle prend. Mais dans cette sorte d'architecture ou de création des choses par les nombres, les uns symbolisaient plus particulièrement la substance , et d'autres la forme : Sunt qui aut corpus efficiunt^ aut efjiciuntury aut
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vint obtinent vinculorum^ dit M acrobe parlant des nombres que l'on appelait pleins. Ce dernier caractère d'être plutôt un lien que d'être quelque chose uni par ce lien était le caractère spécial du nombre 7. C'était le nombre de la forme plutôt que celui de la substance. C'était le nombre architectural par excellence, le nombre du Démiourgos ou de Minerve : Septenarius numerus , dit Cicéron (i), rerum omnium fera nodus est; à quoi Macrobe ajoute : Non immeriio hic numerus totius fahricœ dispensator et dominas. Cela étant , on conçoit aisément pourquoi Moïse attribue, d'une façon si marquée et si bien accusée, le septénaire à ce Lamech dont le nom, lien dans la dissolution, exprime ce qui retient , ce qui enchaîne , ce qui empêche de se dissoudre, et pourquoi, dans l'âge qu'il donne à ce type, il va jusqu'à tripler hiéroglyphiquemeiit le septénaire, faisant ainsi vivre Lamech 777 ans. C'est absolument le même emploi que nous savons avoir été d'usage dans la philosophie numérique, où, pour exprimer Minerve ou le Démiourgos, on se servait quelquefois du septénaire , de même que réciproquement le nombre 7 s'appelait la Vierge ou Pallas (2). En donnant ce nombre de 777 pour caractéristique de Lamech, Moïse ne fait donc pas autre chose que
(r) Somn. Scipion.
(2) Voy. Macrob. in Somn. Scipion. lib. I, cap. 6.
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dire d'une façon savante (dans la langue philosophique de son temps) ce qu'il entend par le type qu'il désigne sous ce nom. Il grave son idée, il la sculpte pour ainsi dire et la met en relief, pour ceux qui seront initiés et qui sauront l'étudier et la comprendre. C'était la condition de la science, dans la haute antiquité , que de se voiler ainsi. I^ statue de Sais elle-même était voilée. On lie révélait pas à tout le monde les mystères. Les collèges de l'Egypte n'exposaient pas la métaphysique ou la science de la vie à tous les regards. Peut-être même était-il dans la condition de l'esprit humain, à ces époques, de ne pouvoir transmettre en langage abstrait, et sans figures mythiques, les profondes découvertes auxquelles la réflexion de la vie sur elle-même peut nous amener.
Si quelque doute pouvait encore rester sur la vanité de toutes les supputations historiques qu'on a prétendu tirer de la Genèse , et sur mon assertion que les calculs donnés par Moïse ne sont tout simplement qu'une pure forme de son mythe métaphysique , sans aucune signification précise et déterminée de temps, j'apporterais encore une preuve curieuse et sans réplique. Mais le lecteur aura-t-il la patience de me suivre dans ces fastidieux détails d'érudition? En notre temps, on est vraiment embarrassé pour traiter de pareilles questions. D'un côté, il est presque convenu de
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n'avoir plus foi à la Bible ; et néanmoins il règne aussi une sorte de convention qui donne force de loi et de chose jugée à des milliers d'erreurs, plus graves les unes que les autres , sorties de la nonintelligence de ce vieux code sacré de l'Occident , auquel se sont rattachés et le Christianisme et le Mahométisme. On vit donc dans une sorte d'indifférence étrange sur les choses les plus capitales et les plus fondamentales pour l'esprit humain. D'une part, des hommes raisonnables enseignent, au nom de l'État, la plus absurde opinion sur l'antiquité du genre humain, et la plupart de nos livres supposent implicitement cette monstrueuse erreur ; mais si vous tentez d'établir quelque vérité sur ce point, chacun de vous dire aussitôt qu'il est convenu que la Bible ne contient à cet égard que des mensonges. Mais n'est-ce pas encore une erreur et une grande erreur que d'accuser . ainsi la Bible d'imposture? Les mensonges que l'on reproche à ce livre viennent de ce qu'on ne le comprend pas. La Genèse contient une suite de vérités métaphysiques; on a voulu voir de l'histoire là où il n'y en a pas, et il en est résulté qu'on n'a pas compris la métaphysique de la GenèsCj et qu'on s'est fait d'après elle une très-fausse histoire. Qu'on me permette d'ajouter à mes preuves précédentes celle que je viens d'annoncer. Tous les érudits savent qu'il nous est resté de