‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 62 sur 216 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Moïse fait-il durer la genèse six jours, après quoi vient le repos de Dieu ?

Si, après six siècles révolus, le soleil et la lune reparaissent exactement aux mêmes points du ciel, la semaine a dû avoir six jours, suivis d'un jour consacré au repos ; et de même Moïse a dû faire durer la genèse six jours. Enfin le Sabbat et le Jubilé, rattachés par Moïse lui-même au repos de Dieu après les six jours de la création, s'expliquent aisément de la même manière.

Les Chaldéens avaient une autre période qu'ils^ appelaient sare ou saros. C'était une révolution de 36oo ans. A celle-là on n'a pu découvrir aucun usage astronomique. Mais cette période n'est-elle pas une conséquence de la précédente ? n'en est-elle pas, quant à l'idée, l'exacte reproduction ? Car, si la révolution de 600 ans ou du néros est une semaine de siècles , le sare , qui dure six fois 600 ans ou 36oo ans est une semaine de néros.

Nous voyons par Josèphe (i) que l'on appelait la période de 600 ans la grande année. La période multiple de 36oo ans, ou la semaine de grandes années, devait avoir le même caractère , celui d'une durée complète en elle-même, ramenant dans le monde un certain ordre après une révolution accomplie.

(i) Aniiq. lib. III, c. 3,

11 n'y a donc rien d'étrange à supposer que Moïse, voulant exprimer combien avait duré l'humanité depuis la naissance d'Adam jusqu'à la mort de Noé, à dater de laquelle surgit, suivant lui, une humanité nouvelle, ait donné à cette première humanité une révolution d'un sare , ou d'une semaine de grandes années^ prenant ainsi la période caractéristique de 36oo ans dans sa simplicité, et ne la multipliant pas comme l'a fait Bérose.

Or nous avons démontré d'une manière irréfragable que tous les nombres donnés par la Bible sont faits sur la supposition d'une durée de 3ooo ans depuis la sortie de l'Éden jusqu'à la mort de Noé. Mais dans cette durée n'est pas compris l'âge d'Adam avant la sortie de l'Éden. D'un autre côté , nous avons vu que Moïse donne à Noé un néros ou 600 ans d'existence avajQt le déluge. Supposez qu'il ait attribué implicitement cette même durée caractéristique, cette révolution d'un néros à Adam avant sa sortie de l'Éden ; et vous aurez le sare complet, la période chaldéenne de 36oo ans.

Réellement Bérose ne fait dans son calcul que centupler celui de Moïse. Car il faut savoir que les anciens avaient une manière en apparence assez étrange de supputer ces époques. Ils les divisaient en trois périodes, le commencement, le milieu, et la fin; c'est ce qu'ils appelaient V aurore, le jour j et le crépuscule. L'aurore et le crépuscule étaient

évalués au dixième du jour. Ainsi , par exemple , la période de 36oo ans s'établissait ainsi :

Aurore 3oo ans.

Jour 3ooo

Crépuscule 3oo

Total. . . . 36oo

Centuplez cette base, et vous aurez avec Bérose :

Aurore 36,ooo ans.

Jour 36o,ooo

Crépuscule 3 6,000

Total. . . . 433^000 ans.

Vous obtiendriez également ce nombre en prenant le carré de la période astronomique de 600 ans; car ce carré est de 36o,ooo ans, et, en y ajoutant une aurore et un crépuscule, de 43îi,ooo ans.

Ce nombre de 43^,ooo est précisément, comme je l'ai déjà dit, le Cali-jouga des Indiens.

Décuplez ce nombre, vous aurez la durée totale des quatre âges ou Vâge divin des Indiens.

Mille âges divins composent un jour de Brahma, ou un calpa , à l'expiration duquel a lieu le pralaya ou la dissolution du monde. Alors commence, suivant les Indiens , la nuit de Brahma , qui dure également mille âges divins. Puis revient la création, qui ramène les quatre âges répétés mille fois jusqu'à un nouveau /?ra/aja. Enfin on sait que les

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Brahmes ont osé calculer de la même façon jusqu'à l'existence de Brahma j et qu'ils ont fixé la durée de l'univers et de son auteur à loo années de Brahma, chacune de 36o calpas ou jours, après quoi viendra, suivant eux, le maha-pralajrQj c'està-dire la destruction finale. On voit que tous ces nombres ne sont que le résultat de multiplications arbitraires, par lo et par des multiples de lo, et sans autre fondement qu'un premier nombre qui a servi de point de départ. Or tout me semble prouver que ce premier nombre, que l'on n'avait pas encore soupçonné, est le néros chaldéen, dont la valeur astronomique est incontestable. L'idée essentielle et caractéristique qui a servi de base à toutes ces supputations repose sur ce nombre, parce que ce nombre exprime une révolution sidérale ramenant le soleil et la lune aux mêmes points du ciel. Je signale aux savants ce résultat, qui ne me paraît pas sans intérêt : il relie entre elles et à la Genèse toutes ces périodes célèbres dont jusqu'ici on ne voyait pas le nœud. Ce nœud commun, c'est la grande année, l'année du rétablissement sidéral. Moïse s'est contenté de la périodp de 36oo ans ; il a pris simplement la semaine de grandes années y où l'idée de retour, de rétablissement, de cycle achevé, est parfaitement marquée. Bérose, ou les anciens auteurs chaldéens dont Bérose nous a transmis la tradition , avaient

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