‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 69 sur 216 · LIVRE SlXlàlME · texte numérisé non relu

LIVRE SlXlàlME

Quelques savants ont paru frappés de l'analogie remarquable de ce nom de Noé^ pour désigner le personnage mythique qui survit au déluge en surnageant au moyen d'un vaisseau, et des mots qui, en grec et en latin, expriment Faction de nager, de naviguer, ou signifient un vaisseau : /zo, veo), vaOç, nai^isj etc. Cette analogie est loin d'être sans fondement, et nous ne la repoussons pas. Tous ceux qui s'occupent de linguistique aujourd'hui, savent que les prétendues différences infranchissables qu'on avait voulu établir entre les langues qu'on appelle sémitiques et celles qu'on dérive du sanscrit n'existent pas à une certaine profondeur (i). Mais nous demanderons si ces mots mêmes qui expriment l'action de nager, ou qui veulent dire un vaisseau, n'ont pas pour radical l'idée èiéquilibre. Qu'un physicien , en effet , ait à définir scientifiquement ce que c'est qu'un vaisseau; ne vous dira-t-il pas tout de suite que c'est un corps qui se tient en

(1) La Bible elIe-Diéine fournit une sorte d'intermédiaire entre le nom de Noé et les mois qui, en latin ou en grec, expriment Faction de nager, de naviguer. En Egypte , à l*embouchure du Nil , vers l'endroit où Alexandre fonda Alexandrie, il y avait, dans la haute antiquité, une ville appelée No , que les Babyloniens détruisirent. La Bible appelle souvent la basse Egypte le pays de No. Or le nom de celte ville paraît avoir été tiré soit de sa situation au milieu des eaux , soit de la navigation qui s*y faisait : « Vaux -tu mieux que No, dit le propbète Nahum s'adressant à « Ninive, vaux-tu mieux que No, située au milieu des fleuves, qui était <t environnée d'eaux , dont la mer était le rempart , et à qui la mer ser- « vait de murailles! (Gh. III, v. 8.) »

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équilibre dans l'eau ? Si les mots latins et grecs , que nous venons de citer, et leurs analogues dans les langues japhétiques , ont la signification qu'ils présentent, l'idée qui a déterminé leur emploi est donc toujours cette idée Ôl équilibre que Fabre d'Olivet croit retrouver dans les radicaux hébraïques , et que la Bible constate d'ailleurs ellemême en interprétant le mot de Noé par repos.

On a dit souvent que les langues ont d'abord été uniquement concrètes , et que les mots , avant d'avoir un sens abstrait, ont exprimé des objets sensibles. Cette manière de s'expliquer l'origine des langues est fort superficielle. Les langues sont, comme la science et l'art, l'expression même de la vie. L'invisible et le visible se réunissent dans tout phénomène de la vie; et de même, dans l'invention des langues, les radicaux primitifs ont toujours exprimé un sens général et une multitude de sens particuliers en rapport avec cette idée générale.

Il en est encore des grands mythes que l'humanité a trouvés, et qu'elle a adoptés, comme des mots. Ils ont un fond et une forme, un sens profond et un sens vulgaire , une signification cachée et une expression à découvert. La métaphysique s'y joint à l'art, et ils sont d'autant plus admirables et admirés, que le fond et la forme semblent être identiques et ne composer qu'un seul tout.

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