LIVRE SIXIÈME. G'iq
Ainsi y il est bien certain, selon nous, que ce mythe de Noé exprime fout autre chose au fond que l'histoire d'un homme sauvé du déluge dans un vaisseau. Si cette histoire a tant frappé les hommes et est devenue si universellement célèbre, c'est qu'il y a , sous cette histoire, telle qu'elle est racontée dans la Genèse, une pensée profonde qui a toujours été confusément entrevue, bien qu'elle n'ait pas été encore nettement saisie et déterminée. Mais il n'en est pas moins vrai que Moïse, ou l'auteur quel qu'il soit de la Genèse , a revêtu son idée d'une forme empruntée à des traditions de déluge , et que le nom de Noé se trouve ainsi en rapport , d'une part avec l'idée morale ou métaphysique que Moïse veut exprimer, et de l'autre, avec cette tradition d une humanité sauvée du déluge. Le radical primitif du mot Noé se prêtait à la fois à ces deux significations ; car l'idée d'équilibre j exprimée par ce radical, pouvait convenir également et à l'humanité régénérée , constituée d'une façon normale, assise enfin et sauvée de sa ruine, parce que ses éléments étaient justement équilibrés , et à l'humanité naviguant dans une arche mystérieuse au-dessus des eaux du déluge. Mais soyons sûrs que Moïse n'a pas voulu seulement nous transmettre la tradition du déluge, comme tant de savants se le sont imaginé jusqu'ici, et que le sens moral et métaphysique l'occupait
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encore bien plus dans ce récit mythique que les traditions qu'il faisait coïncider avec son idée. la preuve qu'il en est ainsi, c'est qu'il commence par déterminer le sens même et l'étymologie de ce nom de Noé d'après l'idée métaphysique et morale. 11 dit que Noé sera l'homme qui fera reposer l'humanité, voulant exprimer que Noé, dans cette histoire de l'humanité continuée depuis Adam , c'est l'humanité arrivée à une constitution nouvelle et à un état d'équilibre intérieur et de repos.
Il était sorti d'Adam trois fils ou trois races, répondant aux prédominances de la sensation^ du sentiment, et de la connaissance: Caïn,- Abel, et Seth. L'homme de la sensation , né le premier, avait tué l'homme du sentiment : Caïn avait tué Abel. Il n'était donc resté sur la terre que deux races, la race de Caïn et la race de Seth. (>es deux races , après avoir marché longtemps isolément, s'étaient mêlées. L'attrait delà volupté avait été la cause de ce mélange. Il n'était résulté de là que plus d'inégalité entre les hommes, plus de corruption, plus de mal. Le déluge vient coïncider, dans le gouvernement du monde par Dieu, avec cette complète perdition du genre humain. Une petite fraction de l'humanité est sauvée. Mais, cette fois , Adam se nomme Noé , et les trois fils d'Adam se nomment Sem, Cham, et Japhet.
D'Adam à Noé, y a-t-il une transformation véri-