‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 71 sur 216 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

table de l'homme ou de rhumanité^ qui explique comment Dieu, dans le récit biblique, voulant perdre l'humanité , laisse pourtant survivre Thumanité ; voulant perdre Adam , l'être humain collectif, laisse pourtant vivre Noé, l'être humain collectif? Y a-t-il, dis-je , une explication, une justification de cette contradiction, que les adversaires de la Bible n'ont pas manqué encore de reprocher à Moïse?

Il y en a une. Oui , il y a une raison très-forte et très- victorieuse qui, à nos yeux, met, sur ce point encore, le mythe de Moïse bien au dessus de toutes les attaques et de toutes les critiques. Je la dirai en deux mots, cette raison; elle est indiquée, un peu mystérieusement sans doute^ mais très-nettement néanmoins , dans les versets de la Bible qui suivent ceux que j'ai cités tout à l'heure :

« Versets 8, 9, et lo. Mais Noé trouva grâce « devant Jéhovah* Voici venir les générations de a Noé. Noé fut l'homme juste et accompli dans ses « générations. Il marcha avec Dieu. Et il engendra « trois fils, Sem, Cham, et Japhet (1). »

Quand j'aurai dit au lecteur que le nom de Japhet a précisément le même sens que celui d'Abel, mais modifié, de même que le nom de Sem répond

(1) Vulgate: fioe vtro invenit gràtlam coram Domino. Hœ sunt generationes Noe. Noe vir j'ustus atque perfeetus fuit in geneiationibus *uis, Cum Dec ambulavit Et gênait tresfiUos, Sem^ Cham^ ef Taphrt.

64^2 DR l'humanité.

au nom de Seth modifié , et que le nom de Charn reproduit le nom de Gain modifié , il me semble que le lecteur verra clairement, entre Adam et Noé, ou entre les deux genres humains d'avant le déluge et d'après le déluge, une grande analogie et en même temps une profonde différence bien nettement caractérisée. La différence, c'est que, dans l'humanité nouvelle, le premier né de la famille humaine est Seth ou Sem, l'homme delà connaissance; que l'homme de la sensation^ Gain ou Cham, ne vient qu'après; et qu'enfin l'homme du sentiment j Abel, tué dans la première humanité, et qui n'avait pas laissé de postérité, revit dans Japhet. Voilà pourquoi la Bible se sert , en parlant de Noé , de cette expression , en apparence si étrange : « Noé fut l'homme juste et parfait dans « ses générations. » Cela ne veut pas dire, comme on l'entend ordinairement, que Noé fut un juste; cela veut dire (ce que la Vulgate, et mieux encore le texte hébreu, expriment très-littéralement) que Noé fut juste dans ses générations , c'est-à-dire qu'il manifesta, comme dit l'hébreu, la perfection, l'ordre, la justice, par le cercle de ses générations. Et voilà pourquoi aussi la Bible ajoute :«I1 « marcha avec Jéhovah. >^ Dieu, en effet, dans le mythe de la Genèse j^e trouve avoir détruit réellement par le déluge la race incomplète d'Adam, où dominait l'homme de la sensation, et où Seth,

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