‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 73 sur 216 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

« Chap. X, vers, i : Voici les générations des « enfants de Noé : Sem , Cham , et Japhet. »

Dans ce dernier chapitre , l'énumération de la postérité 'des trois enfants de Noé commence par la postérité de Japhet, le dernier des trois; puis vient celle de Chara , le second ; et enfin celle de Sem. Mais, arrivé à Sem, comme s'il craignait que cet ordre inverse ne trompât le lecteur, l'écrivain biblique a bien soin de remarquer que Sem était Taîné : « Et des enfants naquirent à Sem, souche a de toute la race d'Héber (les Hébreux), et frère « de Japhet, et l'ainé (i). »

Ce tordre de génération, qui met en tête l'homme de la connaissance et de la science, ensuite l'homme de la sensation et de l'activité physique , et enfin l'homme du sentiment et de l'art , fournit donc incontestablement le secret de ce mythe de Noé , c'est-à-dire de l'humanité arrivée à un certain équilibre et à un certain repos fa). Et, je le répète,

(t) Viilgate : De Sem quoque nati sunt, patri omnium filiorum Heber^ Jratre Japhet ^ majore, Robert Etienne traduit plus positiveoienl encore : Iffsi quoque Sem^ qui pater est omnium filiorum Heber, et f rater major natu ipsius Japhet, nati sunt filii.

(2) Fabre d'Olivet avait aperçu qu'il devait exister un rapport entre les trois générations de Noé et les trois générations d'Adam : « Il est « sans doute très-difficile , dit-il , de savoir ce que Moïse a caché sous les A noms symboliques de Caïn , Abel , et Seth ; mais si Ton veut admettre n que ce soient les trois principes constituants de l'être appelé Adam , « c est-à-dire la triade développée ou décomposée de cette unité coUec- «« live, ou s'apercevra bientôt que les noms symboliques de Chani , Sem , M et Japhet, sont les principes constituants de l'être appelé Noé, et que ces « personnages cosmogoniques se rapportent les uns aux autres. » Certes,

646 i)K l'humanité.

cela étant, il n'y a aucune contradiction à ce que Dieu, dans la Bible, remplace Thumanité d'Adam par rhumanité de Noé. La triade constituant l'être humain, homme ou humanité, est développée complètement dans ce genre humain de Noé, tandis que cette même triade était brisée et privée d'un de ses termes dans le genre humain d'Adam. Dajis l'humanité d'Adam, la sensation égoïste était en tête ; dans l'humanité de Noé, c'est la connaissance qui est en tête : voilà un grand changement, une grande transformation. On conçoit, certes, que, dans l'idée de Moïse, l'humanité, ainsi conduite vers ses destinées par la science , soit l'humanité réparée.

il est impossible de paraître plus près de la vérité que Fabre d^Olivel ne le parait ici. Malheureusement, toujours trompé par Tétrange système qu'il s*était fait , il D*alla pas plus loin qu*à saisir cette concordance des générations d'Adam et des générations de Noé , sans pouvoir se Vexpliquer. Il soupçonna la composition du m3rthe , mais son faux système lui en déroba complètement l'intelligence. Aussi , après avoir posé le rapport général des deux triades , quand il veut en rapprocher les termes deux à deux , il commence par se tromper : a La première production d'Adam <c après sa chute , dit-il , est Gain ; la seconde, Abel ; la troisième, Seth. «( Moïse , par des raisons très-fortes , intervertit l'ordre des similitudes « dans les productions de Noé. Sem , qu'il nomme le premier dans cette « occasion , répond à Abel , qu'il a nommé le second dans l'autre ; et K Gham, qu'il nomme le secoud, répond à Gain, qu'il a nommé le premier ; » Japbet , qui répond a Seth , conserve avec lui le même rang: » Ce n'est pas là le rapport. Cette seule erreur dans les déterminations montre combien Fabre d'Olivet était loin de la vérité. Il ne faut pas en accuser sa pénétration, mais le^faux système qui lui faisait entrevoir, sous ces noms symboliques de la Bible, une sorte de livre d alrliimic , tandis qu'il est si manifeste qu'il s'agit dans ce livre de l'hiimanilc.

Page 1