LIVRE SIXIKAIE
hommes; la Loi de Moïse, qui avait laissé ignorer ce dogme d'une vie future , était donc imparfaite pour cela même.
Que répondre à cette dernière objection , qui porte sur l'idée? Il n'y avait pas là à répondre par un miracle. Warburton ne répondit pas.
Évidemment , comme le dit Lessing , qui reprit plus tard et corrigea l'idée de Warburton, ce savant homme avait tendu l'arc outre mesure. Il aurait dû se contenter de soutenir que l'absence du dogme de l'immortalité , qu'il apercevait dans Moïse , n'ébranlait en rien le caractère divin de sa mission ; mais il n'aurait pas dû voir là une perfection absolue. Une perfection absolue attribuée au Mosaïsme est inexplicable avec le Christianisme.
Tout considéré , le livre de Warburton , quelque riche qu'il soit d'érudition , et bien qu'il ait donné naissance à un grand nombre de réhabilitations modernes , plus ou moins remarquables , de l'ancien Judaïsme , ne valait pas , pour la théologie , le livre plus modeste du docteur Sherloch, qui l'avait précédé. Aussi est-ce au système de ce dernier que Lessing se trouva naturellement ramené , quand , frappé de la science de Warburton, et effrayé de son audace, il essaya de îî' expliquer à lui-même ce grand problème. Lessing ne cite pas et probablement ne connaissait
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point son devancier Sherloch ; mais il y a néanmoins une grande analogie pour le fond entre leurs théologies. Seulement, le docteur anglais de la fin du dix-septième siècle est profondément enfoui sous la superstition de la forme chrétienne , tandis que le théologien et philosophe allemand de la fin du dix-huitième siècle sort de cette forme usée de toute la hauteur d'un géant.
Qui ne connaît pas le petit livre de Lessing intitulé r Éducation du genre humain ? C'est un livre sublime, un livre prophétique, un de ces livres jetés hardiment à un instant solennel entre le passé et l'avenir. On prétend que, quand le paganisme tomba , le dernier Oracle émit cette parole : Les dieux s'en vont, que les Chrétiens interprétèrent en disant que les démons qui, suivant eux, étaient ces faux dieux , cédaient la terre à Jésus-Christ. A la fin du dix-huitième siècle, on pouvait dire aussi : Les dieux s'en vont. Toutes les religions étaient détruites, toutes les croyances dissoutes. Le Christianisme s'en allait rejoindre le Mosaïsme dans la tombe. Mais où était le principe nouveau destiné à sauver le monde , et devant lequel fuyaient les anciens dieux ? Lessing , le plus grand penseur de l'Allemagne depuis f.eibnitz, fut, pour suivre ma comparaison, un des mages qui visitèrent le nouveau-né dans sa crèche, et qui rannoncèrent à l'univers. Qu'il est touchant de voir ce théologien