LIVRE SIXIÈMK
faite de sa nature à ses œuvres, auxquelles il a donné une éternité relative , une éternité de créatures, en sorte qu'elles sont toujours vivantes pour lui, toujours les mêmes et toujours diverses; d'où vient que , comme il le dit lui-même dans Moïse, il est le Dieu d'Abraham , le Dieu d'Isaac , et le Dieu de Jacob, parce que Jacob, Isaac, Abraham , sont toujours l'homme universel Adam. Et voilà aussi pourquoi Jésus ajoute : k^ous ne comprenez pas les Écritures.
Je rendrai ma pensée plus claire, si l'on me permet de faire parler Jésus dans une sorte de langage philosophique plus conforme à nos habitudes modernes.
Les Saducéens lui objectent : Voilà une veuve qui a eu sept maris ; avec lequel de ces sept maris ressuscitera-t-elle ?
Jésus répond : Ni cette veuve ni ses sept maris ne ressusciteront en tant que tels. Ce sont là des phases passées de leur existence , des phases qui sont tombées sous l'eoipire de la mort. La résurlection ne consiste pas dans la résurrection de ces formes. L'être dans ces hommes et dans cette femme renaîtra; car il est éternel, il est; et la résurrection consiste en ceci que cet être ou ces êtres se manifesteront de nouveau. Mais ils ne se manifesteront |)as comme ils se sont manifestés. Il n'y aura donc pas lieu au problème que vous pro-
posez. Véritablement ce que vous in'objeetez, ce sont des morts. I^s morts seront alors des vivants. De ces morts que vous m'objectez, ce qui vivra ce ne sont pas ces conditions que vous m'objectez et qui vous embarrassent; car, appartenant au nonêtre, n'étant que des formes de l'être, elles seront ou plutôt sont déjà tombées à jamais dans le^nonétre , dans la mort , dans le néant Ce qui vivra , ce sera ce qui avait produit ces formes, l'être qui s'était montré sous ces formes , et qui se montrera alors sous d'autres formes. Vous voudriez que la résurrection reproduisît l'état antérieur et les formes tombées dans la mort. En cela vous êtes dans une étrange erreur, et , pour des docteurs , vous pensez bien puérilement. Que si vous me demandiez, non pas comment se réalisera de nouveau la vie passée de cette femme et de ses sept maris, mais quelle en sera la conséquence dans la résurrection, ce qui en résultera, quelle forme nouvelle de ïêtre répondra à cette forme antérieure de letre , vous seriez au moins raisonnables. Mais je vous répondrais encore : l^ons ne comprenez pus la puissance de Dieu. Dieu ne sera pas embarrassé pour résoudre ce problème du nombre qui vous embarrasse. Ce que votre faiblesse ne peut comprendre, lui le voit aussi clairement que vos yeux voient la lumière du jour. Il voit, il sait ce qui résultera pour celte veuve et pour ses sept