LIVRE SIXlilME
dividuel n'existe pas par lui-même ; et, en scrutant encore plus profondément le problème de la vie, nous apercevons Dieu au fond de tous les phénomènes. De là un troisième aspect que la vie nous présente, savoir le lien de l'être particulier que nous avons aperçu d'abord soit à d'autres êtres particuliers, mais conçus sous un rapport général de catégories ou d'espèces , soit à cet être absolument universel que nous découvrons invisiblement caché et pourtant clairement manifesté à notre sentiment et à notre raison dans l'existence même des êtres particuliers.
De là , suivant que l'on s'arrête à tel ou tel de ces trois aspects, ou qu'on les comprend tous les trois, une métaphysique différente, une morale différente , une politique différente.
Implicitement et en germe, la Genèse àe Moïse reconnaissait les trois aspects de la vie que nous venons de caractériser; mais la Genèse de Moïse avait besoin de développement et d'interprétation. De là les trois sectes juives.
Moïse avait nommé Dieu /Elohim , luiAes*dieux^ c'est-à-dire l'unité et la multiplicité. On pouvait s'attacher d'une façon prédominante au premier de ces termes ou au second. r.es Saducéens, tout en se prétendant disciples de Moïse , méconnurent Funité divine , pour ne voir que la multiplicité de Dieu, ou ses manifestations diverses : « Les Sadu-
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a céens, dit Josèphe, nient absolument Tinter^ «r vention d'une Providence. Le bien et le mal , suia vaut eux, c'est nous qui le décidons uniquement « par notre choix , et chacun de nous se conduit <c en cela par sa propre force et volonté. Ainsi ils « effacent complètement la Providence, pensant « qu'elle n'existe pas, et que les choses humaines a n'ont pas leur cause et leur fin en elle ; c'est en a nous-mêmes qu'ils placent cette cause et cette a fin; c'est nous-mêmes qui devenons causes des « biens qui nous arrivent , et qui engendrons nos a douleurs par notre propre folie (i). « Tout au contraire, les Esséniens furent bien plus frappés, dans la formule de Moïse, de l'unité que de la multiplicité. Von seulement les êtres divers en qui Dieu est immanent leur parurent exister, mais l'unité même de Dieu ou la Providence divine leur parut existante et vivante à tous les points de l'espace , à tous les moments de la durée : « Les Esséoc niens , dit Josèphe , aiment à laisser à Dieu le « gouvernement absolu de toutes choses. Ils célè- « brent la Providence comme maîtresse indistinc- « tement de tout ce qui se produit dans l'univers, <c et soutiennent que rien n'arrive aux hommes «r que par son suffrage (2). » Quant aux Pharisiens, ils firent des distinctions pour conserver à la fois
(0 y^/i//^.,liv. Xm, chap. 5, et Hv, XVIII, chap. i, (1) Antiq.j liv. XIII, chap. 5.