LIVRE SIXIEME
ï unité en Adam leur était voilée. Aucune charité, aucun amour, aucune humanité, rien de religieux par conséquent , dans leur religion , qui n'était qu'une pratique d'obéissance aux cérémonies , et un culte idolâtrique pour la lettre de la Bible. Il y avait dans la doctrine de Moïse le fond et la forme, le sens et la lettre , l'idée du mythe et le récit du mythe. Tandis que les Esséniens, et , jusqu'à un certain point, les Pharisiens, s'attachaient au fond, au sens, à l'idée, les Saducéens, au contraire, s'immobilisaient à la forme , à la lettre , au récit. Et par conséquent, tandis que l'idée religieuse vivait et se développait chez les Esséniens et chez les Pharisiens, cette idée s'atrophiait et mourait chez les Saducéens, qui n'avaient que l'enveloppe et l'écorce du véritable Mosaïsme. Aussi les autres sectes reprochaient-elles aux Saducéens de n'être Hébreux que dans la forme et suivant les cérémoijies, et de ne pas comprendre le Mosaïsme.
Les Esséniens, au contraire, représentaient le sentiment dans le Mosaïsme, comme les Saducéens représentaient la sensation. A ceux-là l'idéal n'était pas voilé ; à ceux-là la notion véritable de la vie n'était pas cachée. Ceux-là savaient intuitivement le sens profond de la doctrine de Moïse , \ unité; ceux-là savaient que la vie est dans la charité, dans l'amour. D'eux, surtout, est sorti le Christianisme; et il en est si bien sorti que leur doctrine , leur
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morale, leurs institutions, leurs pratiques, revivent encore aujourd'hui dans les sectes les plus religieuses de ce même Christianisme ( i ). Mais , dansi leur hâte de l'idéal, ne concevant pas la possibilité de la réalisation de cet idéal dans la vie et dans la réalité, telle qu'elle se montrait à leurs yeux au sein de l'humanité , ils furent ^traînés , par la pente de leur enthousiasme , à rêver une vie après la mort, en dehors de cette humanité vivante où leur idéal leur paraissait irréalisable à jamais. Ils s'écartèrent trop en cela de Moïse ; et pour avoir saisi, par le cœur surtout et par le sentiment, la doctrine de \di fraternité j ou de V unité en Adam , ils arrivèrent à s'écarter de celte doctrine même dans leurs idées sur la vie future.
Les Pharisiens, enfin, qui ralliaient à eux le plus grand nombre des Juifs , et qui formaient réellement ce qu'on pourrait appeler l'Eglise juive, étaient restés , sur ce point de la vie future, plus, conformes à la vraie tradition de Moïse. Adam étant l'homme universel, l'espèce homme, et chaque homme étant Adam, en un mot l'unité du genre humain constituant fondamentalement le dogme de la vie dans Moïse , il est évident que les Pharisiens, en mettant la vie future des hommes en tant qu'individus dans l'humanité, montrèrent une plus
(i) chez les Qtiakeis el chez les Mor^ves.