LIVRE 8IXlèMK
haute intelligence de la doctrine de Moïse sous ce rapport. Mais qu'aurait-il fallu pour qu'une telle opinion fut efficace et véritablement religieuse ? Il aurait fallu qu'elle fut accompagnée de désir religieux et d'actes. Les Pharisiens j placés à la tête de la nation juive, occupant les emplois et possédant les richesses, ne tendaient qu'à maintenir la situation des choses telle qu'elle se trouvait entre leurs mains. L'idéal d'une autre société , l'amour d'une autre cité, leur manquaient. Loin de chercher, comme dit S. Paul , la cité future, ou , comme dit S. Augustin, la cité de Dieu, ils ne cherchaient que la conservation de la grossière cité juive ; ils ressemblaient aux Saducéens dans leur pratique, égoïstes comme eux, non pas autant qu'eux individuellement, mais par caste, et amateurs comme eux de la vie présente. Leurs docteurs formaient une sorte de théocratie et d'aristocratie , et ils avaient tous les vices de la théocratie et de Taristocratie. Lisez, dans l'Evangile, tous les reproches dont Jésus les accable, toutes les malédictions que ce grand réformateur lance contre eux. Que devint donc la science entre leurs mains? que devint pour eux cette meilleure interprétation du Mosaïsme qu'ils possédaient sur ce point de la vie future? Rien d'efficace, rien de religieux, rien de social n'en sortit directement. Ce fiit une croyance inerte, un dogme sans chaleur et sans vie. Us sa-»
valent comment Thomme était immortel ; mais, faute d'idéal et de charité, ils ne faisaient rien pour féconder cette croyance à l'immortalité. Car cette humanité dans laquelle ils voulaient renaître , ils 1.1 supposaient immobile, et au besoin ils servai^t eux-mêmes à l'immobiliser. Leur dogncie donc de l'immortalité dans l'humanité était pour eux sans influence. La chaleur, la vie, le désir ardent d'une autre société, la soif de guérir tant de maux qui affligeaient l'humanité , l'enthousiasme , la vertu , la charité enfin, étaient parmi les Esséniens.
Qu'arriva-t-il donc et que devait-il arriver? C'est que ni le néant des Saducéens, ni le paradis imaginaire des Esséniens, ni l'idée de la renaissance en Adam ou dans l'humanité telle que les Pharisiens la concevaient, ne furent le dernier mot du Mosaïsme. Il se forma de ces trois idées une idée nouvelle et synthétique, qui les comprenait et les réalisait toutes les trois , de même qu'elle avait été engendrée par la tendance de toutes les trois. La tendance des Saducéens se rapportait à la vie sur la terre : ce que l'on appela la résurrection fut une vie future sur la terre , dans la nature, au sein de la réalité. La tendance des Esséniens se rapportait à l'idéal d'une société humaine fondée sur l'unité de la vie, sur la communion , sur la fraternité : ce que Ion appela la résurrection fut une vie future où rhonmie rentrerait dans la vraie vie , dans